Le 11-Septembre en arrière-fond du procès des Innocents

 Le pouvoir des innocents, cycle 2 (Car l’enfer est ici), tome 5: 11 Septembre, Luc Brunschwig (scénario), Laurent Hirn (dessin). Editions Futuropolis, 80 pages, 17 euros.

Le second cycle du Pouvoir des innocents s’achève sur un climax très américain.
En ce début mars 2001, le très médiatique procès de Joshua Logan commence. L’ex-vétéran du Vietnam, qui a réussi à sauver sa peau en prison en devenant involontairement une icône de l’extrême droite, doit enfin répondre en public de la mort des 508 victimes de l’explosion de la résidence du boxeur Steven Providence, le 4 novembre 1997. Et peut-être faire éclater la terrible vérité (connue des lecteurs depuis la fin du Cycle 1). A la barre, l’avocat de Logan, maître Chapelle tente d’installer un « doute raisonnable » auprès des jurés et contrer le réquisitoire implacable du procureur. En coulisses, c’est une autre lutte que mène les Républicains, inquiets de voir la très progressiste Jessica Rupert gagner en audience auprès de l’opinion. Là aussi, tous les coups sont permis, surtout les pires. Après plusieurs mois d’audience, le verdict est attendu pour le 11 septembre 2001.

Cette série, très américaine dans l’esprit, conclue donc son deuxième cycle par un genre lui aussi très prisé du cinéma hollywoodien: le film (et ici, en l’occurrence, l’album) de procès. Forcément plus statique que les précédents, l’histoire s’avère néanmoins tout aussi prenante et haletante que dans les épisodes précédents. L’enjeu étant moins la révélation des faits que le duel entre l’avocat et le procureur pour imposer sa vision des choses. Et, comme dans toute bonne histoire de ce style, on va assister là à une série de rebondissements au cours des audiences, laissant planer l’incertitude jusqu’au bout. Une théâtralité brillamment mise en scène par le dessinateur, Laurent Hirn, dans son style fin et très réaliste, immergeant pleinement le lecteur dans cette Amérique parallèle.

A cela s’ajoute ici une mise en abîme encore plus vertigineuse entre l’Histoire des Etats-Unis et la version alternative que brossent Luc Brunschwig et Laurent Hirn depuis plus de vingt-cinq ans… Car on se doute bien que la convergence de l’intrigue vers un certain 11 septembre 2001 n’est pas que pur hasard.
Cet aspect va s’avérer fondamental à la fin de l’épisode, tout en demeurant finalement assez secondaire dans le récit. Ce traitement furtif n’empêchera pas de pouvoir reprocher à Brunschwig de venir nourrir de nouveau l’aspect complotiste du 11-Septembre. Sauf que cette vision sombre et pessimiste est justement au coeur du récit depuis le début. Et, de fait, sa conclusion – logique – oriente vers un basculement idéologique appelé à se développer dans le troisième cycle, Les enfants de Jessica. Un nouveau cycle désormais relancé dans sa logique chronologique.

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  • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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