Le 13 novembre pour mémoire

13_11 AUTOPSIE D_UN ATTENTAT C1C4 BICHRO OK2.indd13/11, reconstitution d’un attentat – Paris 13 novembre 2015, Anne Giudicelli (scénario), Luc Brahy (dessin). Editions Delcourt, 128 pages, 14,50 euros.

En matière de terrorisme, Manuel Valls avait cru bon d’estimer qu' »expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser« . Ce petit ouvrage en apporte pourtant un clair démenti. Paraissant fort à propos un an après les attaques à Paris, du Stade de France au Bataclan, ce « documentaire en BD » n’excuse rien – et il décrit même des fusillades d’une inhumanité glaçante. Mais il explique très bien l’enchaînement des faits qui ont amené à cette nuit tragique…

Conçu et mis en images comme un vrai thriller – ou un thriller « vrai » – 13/11 s’attache à la période entre le 10 septembre et le 18 novembre 2015 ; entre la décision de François Hollande d’autoriser des frappes « ciblées » (ou pensées comme telle) contre des terroristes français de Daech en Syrie et l’assaut du RAID contre « l’appartement conspiratif » à Saint-Denis, loué par le fameux Jawad Bendaoud aux derniers rescapés des attentats-suicide.

L’album décrit en détails la mise en la place de l’opération, entre la Syrie et la Belgique, l’arrivée des différents terroristes sur place, dans la logique chronologique des faits, au jour le jour, voire même heure par heure lors de la soirée du 13 novembre.

Basé – dixit le communiqué de presse – par le « croisement d’éléments d’enquête émanant des services judiciaire et policier, des témoignages recueillis auprès des survivants et des proches, et des confidences exclusives recueillies par la scénariste, Anne Giudicelli (responsable d’une société de conseil en intelligence stratégique, spécialiste du monde arabe) auprès des services de renseignement français et étrangers« , le récit plonge en effet au coeur de l’action. Avec un effet split screen, donnant à voir simultanément les différents points de vue.

capture-decran-2016-11-10-a-18-21-33Le dessin réaliste de Luc Brahy, en noir et blanc rehaussé de gris à l’aquarelle accentue l’aspect documentaire « historique » de l’ensemble, tout en étant totalement haletant. Les personnages sont très bien saisis (et c’est un petit exploit) et les séquences de fusillades des terrasses des bars parisiens sont à la limite du soutenable.

Le choix de décrire une période courte – deux mois – limite forcément la mise en perspective générale. Et, de fait, il vaut mieux connaître les grandes lignes du conflit en Syrie et les débats stratégiques qu’il a entraîné (notamment dans les rapports avec Bachar El Assad) pour ne pas parfois être perdus. Mais ce livre témoigne bien pour mémoire, comme seule une bande dessinée pouvait le faire de ces jours tragiques. En reconstituant  en dessins ce qui ne pourra jamais être montré: à l’intérieur de l’appartement de Saint-Denis ou dans le PC d’Abou Souleiman Al-Firansi, l’organisateur des attentats de Paris, à Alep.
Et au-delà de la reconstitution des faits, Anne Guidicelli et Luc Brahy affirment aussi leur parti-pris et une analyse qui ne devrait pas, non plus, faire plaisir au Premier ministre.
A savoir le lien évident – du moins dans la tête des assaillants entre la terreur qu’ils entendent implanter en France et les bombardements occidentaux sur la Syrie.

« Vous tuez nos femmes, nos frères et nos enfants. On fait pareil ! On n’est pas en Syrie mais on agit ici. Vous nous faites ça, on vous fait ça« , comme le déclare l’un des tueurs du Bataclan en plein massacre. Quelques planches avant (page 85), une page mettait déjà en parallèle, avec une efficacité aussi effroyable qu’incontestable la fusillade au Bataclan et des bombardements dans la province de la Ghouta orientale ou dans les rues de Douma.
Loi du talion sanguinaire qui écorne le discours officiel français martelant qu’il ne saurait y avoir de liens entre notre politique étrangère et les attentats dans l’Hexagone.

Une lecture pour se souvenir et qui fait aussi réfléchir sur cet événement marquant. Et fondateur d’une nouvelle ère, comme le 11-Septembre avait pu l’être aux Etats-Unis ? Le choix du titre et de son graphisme (renvoi évident au 11/11 new-yorkais) paraît bien l’indiquer.

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