Quand Odrissa est devenu « Teddy Bear »

Teddy Bear, Francesco Giugiaro (scénario), Jérémie Gasparutto (dessin). Editions Ankama, Label 619, 128 pages, 14,90€.

« Aujourd’hui, notre Odrissa a tué son premier infidèle ! Il a gagné son nom de bataille ! Il quitte son existence humaine pour devenir un serviteur des dieux. Il sera désormais connu sous le nom de… Teddy Bear !!! Les dieux t’ont confié cet ours pour te guider, sois en digne. »
Odrissa est un enfant africain qui a été arraché à sa vie de tous les jours pour devenir l’un des soldats d’une guerre civile absurde. Capturé par une bande de rebelles armés jusqu’aux dents, il subit un rituel d’initiation des plus barbare. Instrumentalisé en machine de guerre, il sera guidé par les paroles hallucinées d’un ours en peluche volé à sa première victime. C’est son histoire, tragique, que raconte cet album.

Comme à son habitude, le Label 619 a concocté quelques pages bien plus travaillées que Wikipédia pour expliquer le contexte du scénario. Des informations sur les enfants impliqués dans les conflits en Afrique et dans le monde viennent rythmer l’action et permettent de prendre de la hauteur sur l’histoire racontée par Giugiaro. Ainsi, bien que fictionnel, le scénario est clairement inspiré de la réalité et des récits de témoins. L’apologie de soi-disant dieux et chefs de guerre divins ayant pour but d’endoctriner les enfants suivant une idéologie de guerre et de destruction salvatrice, ainsi que les drogues utilisées pour galvaniser ces jeunes pousses, sont deux thèmes abordés en profondeur.

Coté visuel, on en prend plein les yeux surtout lors des séquences de combats sanguinaires au possible, et pendant les délires et hallucinations fantasmagoriques de notre héros. Une approche qui n’est pas sans rappeler le style de Charlie Adlard pour The Walking Dead, mais avec ici un trait plus fin et détaillé, ainsi qu’une impressionnante maîtrise de la palette de couleurs de la part de Gasparutto. L’ambiance y est morbide, délirante, sanglante… tout est fait pour nous plonger dans la violence de la guerre et de la drogue du point de vue d’un adolescent.

Ce premier tome de la série DoggyBags One Shot est bien dans la continuité des DoggyBags présente, mais cette fois-ci dans un hard cover. Gasaparutto et Giugiaro se réunissent une nouvelle fois aux éditions Ankama pour nous proposer une histoire originale et un dessin très travaillé. Ce style unique proposé par le Label 619 fait une nouvelle fois mouche, on en redemande.

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