Les contes noirs du chien de la casse, Remedium. Editions Des Ronds dans l’O, 72 pages, 15 euros.

De son vrai nom Christophe Tardieux, Remedium est un enfant du « 9-3 ». Résidant à Saint-Denis puis au Blanc-Mesnil, où il a été enseignant et a a connu bien des démêlés avec le maire suite à son strip urticant Titi Gnangnan. Dans ces Contes noirs, il raconte encore ce coin de banlieue, à travers sept récits basés sur des faits réels s’étant déroulés dans la cité des Tilleuls.

Sept histoires courtes centrées à chaque fois sur un personnage, un itinéraire: l’émergence d’un caïd, une jeune fille tombée dans la prostitution, une famille en proie à la pression du quartier après avoir dénoncé les agissements d’un prof d’arabe, un jeune espoir du foot récupéré par un candidat en campagne électorale pour la mairie (permettant de revoir, au détour d’une case le fameux Titi Gnangnan), les violences policières… Chaque histoire est indépendante, mais les personnages se retrouvent d’un récit l’autre. Et, surtout, omniprésente, il y a la cité, où chacun tente de suivre sa voie, son « mektoub », son destin.

L’ambiance, à la fois dans la narration et un graphisme en noir et blanc un peu épais, fait songer, par son approche abrupte et réaliste à la Haine, le film emblématique de Matthieu Kassovitz. Et il vient rappeler que, plus de vingt ans après, rien n’a vraiment changé. Sinon en pire.

Ici aussi, les personnages sont bien travaillés, portés par un beau texte, qui flirte même par endroits avec le slam. Un regard dans la cité vu de l’intérieur et avec une incontestable véracité.
A ce sujet, les histoires les plus anecdotiques peuvent devenir marquantes, comme ces « déments sur canapé » et sa bande de potes squatant un vieux canapé défoncé amené au pied de l’immeuble. Si vrais et qui seront parmi les protagonistes de plusieurs histoires plus dramatiques à venir.

Graphiquement, Remedium est plus à l’aise dans les portraits en clair-obscur que dans les plans larges, qui trahissent certaines faiblesses dans les attitudes. Mais le climat d’ensemble est clairement bien restitué, avec une ambiance sombre et pesante qui s’accentue au fil des pages.
Le titre, intrigant et comme un reflet de poésie urbaine, est en fait – comme le précise le dossier de presse – une référence aux Contes rouges du chien perché de Marcel Aymé, avec ses deux fillettes faisant les quatre cents coups à la campagne. C’est leur pendant qui se dévoilent ici. Une jeunesse de banlieue grandissant au milieu du béton, avec leur innocence perdue et leur rage prête à exploser. Mais aussi, à l’image du dernier récit, des sentiments capables de s’épanouir au milieu du chaos.

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