Nabil M., 40 ans, a deux spécialités, qui lui valent déjà treize condamnations (et récemment deux courts séjours en prison) : les transports publics et les femmes, le tout saupoudré d’un assaisonnement religieux mal digéré. Dans le quartier de la gare, Nabil est connu comme M. Pantalon (en raison de ce pantacourt qu’il porte, été comme hiver) ou M. Vélo, parce qu’il se balade le plus souvent sur une de ces bicyclettes vertes dont la Ville doit lui payer la location en raison de ses faibles revenus, lui dont la dernière formation, en boulangerie, s’est achevée par des menaces au couteau contre le prof qui avait osé lui demander de fourrer une pâte à pain avec d’impies lardons. Heureusement qu’il aime le vélo, Nabil, puisque depuis plusieurs mois, il est interdit de séjour à la gare, où il importune les jeunes filles, et dans tous les bus Ametis, dont il prend grand plaisir à insulter et menacer les agents.
Récemment, ce grand gaillard comparaissait de nouveau pour une série de délits. Pendant des semaines, début 2018, il a suivi sur son parcours vers la fac de droit, à l’aller vers 8 heures, au retour vers 17heures, une étudiante tout en la traitant de « putain, sale raciste, espèce de pute, salope, fais pas ta sainte ». Ah oui, parce que toute femme qui se refuse à Nabil (donc a priori toutes les femmes) est par définition raciste… La jeune femme a fini par sombrer dans la déprime, n’est plus sortie de chez elle sans qu’un ami ne l’accompagne, a perdu le sommeil.
Deux sœurs, d’une région bien éloignée de la Picardie, ont pour leur part été harcelées par téléphone de février à avril 2018. À elles, il demandait avec insistance : « Suce ma bite » et envoyait des photos de son sexe. Bête et malin, il était aussi capable de publier une fausse annonce avec la photo de sa victime, récupérée sur Facebook et promettant : « Je suis une grosse salope. Si tu veux baiser, appelle-moi au 06… »
Troisième volet, qui pour une fois laisse la gente féminine tranquille : fin 2017, sur son vélo, Nabil s’est retrouvé, mail Albert 1 er , au niveau de la voiture d’un coreligionnaire, qu’il a agoni d’insultes et de menaces au motif qu’il s’est mis en tête que son cabriolet avait été acquis grâce à de l’argent détourné à la mosquée de la Hotoie.
Pour l’ensemble de son œuvre, Nabil a été condamné le 29 mai à 70heures de travail d’intérêt général. En matière pénale, c’est une peine de Bisounours, une chiquenaude. Entendons-nous : on ne veut pas la mort du pécheur et l’on entend que le cas de Nabil ressort bien davantage de l’hôpital psychiatrique que de la maison d’arrêt. N’empêche, on a le droit de s’inquiéter.
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  • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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