Le Dr Bellette opère ma radio Philips

         

Paul Bellette est sur le point d’emporter Philips à l’hôpital.

J’avais consacré l’un de mes dernières chroniques à ma vieille radio Philips qui venait de rendre l’âme. Elle n’a pas laissé insensible. Dès le lendemain, Paul Bellette, 79 ans, d’Amiens, membre du club histoire et collection radios, spécialiste des postes, me proposait, fort gentiment d’y jeter un œil. Nous nous rencontrâmes, lui confiai l’objet qu’il ausculta longuement. « C’est grave, docteur ? » avais-je envie de lui dire, inquiet. Il me regarda droit dans les yeux et de ce ton calme dont sont titulaires les hommes de science, il m’annonça tout de go : « Oui, il va falloir l’hospitaliser. » A la fois inquiet et rassuré, je lui tendis Philips non sans avoir émis l’idée de lui faire un baiser sur le sommet du crâne, entre les deux potentiomètres. Je me retins, craignant le ridicule, d’autant que la scène se passait dans le hall du Courrier picard. Mon directeur eût pu surgir, m’observer et me proposer une retraite anticipée. Tu risquerais alors, lectrice, d’être privée de ta chronique dominicale. C’est affreux ! Après m’avoir confié que le sort de Philips l’avait ému, Paul Bellette et moi entreprîmes de faire connaissance. Et il me raconta son parcours. Originaire de Fontaine-sur-Somme, au retour de la guerre d’Algérie, il répondit à une annonce de l’ORTF à la recherche de techniciens. Titulaire d’un brevet de mécanique générale obtenu à l’école d’Armentières, il tenta sa chance, lesté d’un gros avantage : il avait fait de la maintenance de technologies de pointe en Algérie. Il est embauché illico. Il terminera sa carrière à Télédiffusion de France (TDF), à la surveillance du réseau d’émissions et résolution de problèmes chez les téléspectateurs. Il opta pour une retraite anticipée en 1998. « Quand je me déplaçais dans l’Aisne, j’allais manger chez Odette, au Café des Halles ; et j’allais souvent à Tergnier car il y avait des problèmes de réception des émissions à cause des trains… » Comment pouvions-nous ne pas nous entendre ? Et ce n’est pas tout. Quelques jours plus tard, je reçus une gentille lettre de Marie-Thérèse, une Amiénoise. Elle y écrivait notamment : « L’histoire de ce poste de radio Philips m’a donc émue. Un transistor de marque Imperator m’a longtemps accompagnée dans mes chambres d’étudiante amiénoise. Je l’avais acquis grâce à mon premier salaire, obtenu à la verrerie Saint-Gobain à Vauxrot, où je me suis rendue chaque matin d’août 1973. Il faisait très chaud cette année-là, on était bien sur le Solex, le vent dans les cheveux. Tout n’est pas perdu, cher Marquis ! J’ai trouvé en 1976, à Amiens, un mari qui redonne vie à des appareils électroniques dont le cas semble désespéré. Bien des amplificateurs, magnétophones à bandes, TSF et autres haut-parleurs ont retrouvé chez nous un sursaut de vigueur. » Toutes ces marques de solidarité spontanée sont vraiment adorable

Dimanche 4 février 2018.

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  • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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