Le 45e Festival d’Angoulême s’achève ce dimanche. Ses prix ont déjà été attribués, couronnant principalement Richard Corben et La Saga de Grimr.

Désormais distillés tout au long des quatre jours du festival – voire même la veille de l’ouverture – les prix décernés lors du festival d’Angoulême gagnent, un peu, en visibilité, ce qu’ils perdent en cohérence d’affichage.

Bref, ouvert par la désignation de l’auteur « Grand Prix » de l’année – cette fois l’Américain Richard Corben – le palmarès 2018 s’est conclu par l’attribution des « Fauves », pour les meilleurs albums, par le jury présidé par le dessinateur Guillaume Bouzard.

Le palmarès officiel…

Le « Fauve d’or » (prix du meilleur album de l’année) est revenu à La Saga de Grimr (édition Delcourt), de Jérémie Moreau. Cette espèce de conte épique revisité avait déjà été plusieurs fois remarqué et salué depuis sa sortie, en début d’automne. Et il honore aussi un auteur aux albums éclectiques mais remarquables.

Le « Prix du public – cultura » a été décerné pour sa part à Dans la Combi de Thomas Pesquet (éditions Dargaud), de Marion Montaigne, également souvent évoqué, dans un registre plus « grand public » et de vulgarisation scientifique non dénuée d’humour.

Le Fauve « prix spécial du jury », destiné souvent à mettre en valeur des choix plus audacieux, revient aux Amours Suspendues (éditions Magni), de Marion Fayolle – que j’avoue ne pas connaître, mais dont le communiqué de presse dresse un éloge alléchant : « Délicat et sobre, le style de Marion Fayolle impressionne par la poésie de ses phrasés muets et l’éloquence surréaliste de ses métaphores mimées. »

Le « prix de la série » s’avère également avant-gardiste ou underground, en saluant Happy Fucking Birthday – Megg, Mogg & Owl (éditions Misma), de Simon Hanselmann – dont Libération avait donné un petit aperçu dans son cahier été. Une série déjantée, qui n’hésite pas devant le trash et qui peut séduire certains, tout en laissant néanmoins un brin perplexe.

Le « prix révélation » revient à Beverly (éditions Presque Lune) de Nick Drnaso, déjà élu meilleur livre de l’année 2017 par le Los Angeles Times, avec son portrait lucide de la classe moyenne blanche américaine désenchantée, à travers un graphisme dépouillé.

Décerné déjà ce jeudi, le « prix Jeunesse » a donc été attribué à La guerre de Catherine (éditions Rue de Sèvres) de Julia Billet et Claire Fauvel. Un album émouvant et une occasion, aussi, de saluer le travail éditorial réalisé par Rue de Sèvres en quelques années.

Le « prix du Patrimoine » salue, en cohérence avec la thématique « mangas » de l’année Je suis Shingo tome 1 (éditions Le Lézard noir), de Kazuo Umezu. Classique du manga paru en 1982 au Japon mais traduit seulement cette année et racontant l’histoire de deux enfants qui tombent amoureux en se liant d’amitié avec un robot d’usine qu’ils animent de leurs sentiments.

Notons encore le « Fauve polar », soutenu par la SNCF, qui revient cette fois à Jean Doux et le mystère de la disquette molle (éditions Delcourt), de Philippe Valette, « polar » très décalé et humoristique au coeur de l’entreprise moderne et porté par un style minimaliste.

Et enfin, le « prix de la Bande dessinée alternative », attribué à Bien Monsieur. #8, revue créée en 2015 par Elsa Abderhamani et Juliette Mancini.

… Et des prix « alternatifs »

Mais Angoulême est aussi le lieu de remise d’autres prix « alternatifs » au palmarès officiel du festival. On a déjà évoqué le prix du meilleur album des critiques et journalistes de l’ACBD. On peut revenir sur deux prix qui s’imposent.

Commençons par le « vétéran » Prix Tournesol, décerné par les écologistes d’EELV depuis 1997. Cette année, le trophée coordonné par le journaliste Yves Frémion et attribué par un jury présidé par l’élue écolo nordiste Sandrine Rousseau a été remis à Mathilde Ramadier et Laurent Bonneau pour leur album Et il foula la terre avec légèreté (éditions Futuropolis), où un jeune ingénieur en forages pétroliers se voit transformé par la beauté de la nature d’un archipel norvégien dans lequel il est envoyé.

Plus récent – né en réaction à l’attaque contre Charlie hebdo en 2015 – le Prix Couilles au cul 2018 piloté par Yann Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial, a été décerné au dessinateur iranien Kianoush, réfugié en France depuis 2009, après avoir soutenu le mouvement dénonçant la fraude électorale lors de l’élection de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Ses dessins sont depuis publiés notamment par The Guardian. Le jury a salué le « courage et la persévérance de Kianoush face à la république des mollahs peu encline à l’autodérision« .

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  • Au-delà des betteraves et des patates, la Picardie produit aussi des bandes dessinées. Rien d’étonnant, puisque résident ou sont nés ici un nombre grandissant d’auteurs. C’est l’objet de ce blog d’en parler. Tout comme des autres albums intéressants du moment, d’où qu’ils viennent. Et aussi de l’actualité qui nous touche et se rattache au 9e art. Bref, un blog qui ne se veut absolument pas officiel, ni exhaustif… mais éclectique et aussi varié que les goûts de chacun des contributeurs. // Cet espace est animé par des amoureux de cet art qu’on qualifie de neuvième – en professionnels (journalistes au Courrier picard), mais surtout en amateurs (fans du genre). Il est fait de chroniques très ouvertes. Tous les genres y sont critiqués. Avec une tendance à privilégier les albums qu’on aime, puisque la critique, quelle qu’elle soit, est forcément une mise en valeur publique. Notre principe de chronique est simple : un résumé de l’histoire pour la situer ; un regard sur l’ouvrage en général, le style, le scénario, le dessin… Cet espace est ouvert à tous, soyez-y les bienvenus ! /// Deux précisions : 1> Tous les dessins des images d’en-tête (ci-dessus) sont des extraits d’affiches (signés Jiro Taniguchi, Guarnido ou Druillet) réalisée dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens ; extraits reproduits avec l’aimable autorisation de l’association On a marché sur la bulle. 2> La plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande, elles seront retirées.

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