Polaris ou la nuit de Circé, Fabien Vehlmann (scénario), Gwen de Bonneval (dessin). Editions Delcourt (coll.mirages), 160 pages, 19,99 euros.

    Inspectrice de police à Paris, Jeanne Condorcet sépare bien sa vie professionnelle et sa vie personnelle, où elle multiplie les relations d’un soir. La découverte d’une femme, nue, étranglée dans un appartement vide enclenche une enquête qui va progressivement brouiller les frontières entre l’intime et le travail. Car derrière cet homicide, bientôt suivi d’une nouvelle mort par pendaison, se dévoile un discret cercle libertin dénommé Circé. Fondé par une ancienne prostituée dénommée Polaris, à laquelle les membres vouent un culte quasi mystique, Circé (pour Chambre d’invention et de réglementation de chimères érotiques) se veut un club où les jeux érotiques “avec contraintes” visent à réinventer le sexe.

    Après avoir expérimenté de belle manière les possibilités de la science-fiction dans Les derniers jours d’un immortel, Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval se retrouvent pour ouvrir un nouveau champ de réflexion d’un tout autre genre. De quoi se rappeler que l’auteur de Seuls est aussi celui de la série érotique illustrée L’herbier sauvage. Même si, comme le précise l’intéressant dossier de presse de Polaris, l’idée de ce nouvel album commun vient d’une inspiration… commune : Gwen de Bonneval, après l’aventure de la revue numérique Professeur Cyclope, évoque autour d’un café son envie d’une “histoire d’amour délicate sur fond de libertinage” tandis que Fabien Velhmann avoue avoir réfléchi à l’idée d’un “cercle inspiré de l’Oulipo pratiquant des jeux sexuels“.

    Cette convergence d’envie éditoriale aboutit donc à ce polar érotique ou plus exactement à cette réflexion sur l’érotisme à partir d’un prétexte policier. Un ouvrage à ne pas mettre dans toutes les mains, comme le veut la formule, bien qu’il ne s’agisse nullement ici d’un livre pornographique. Les séquences de sexe explicites sont plutôt rares et toujours dessinées avec délicatesse et une certaine pudeur. Le sexe ici est surtout intellectuel et cérébral. L’enquête et l’immersion de Jeanne servant à révéler les diverses techniques et sources d’inspiration des membres de Circé.

    Mais le mélange des genres est moins réussi que celui des corps. La partie thriller se perd un peu et perd progressivement son intérêt tandis que les élucubrations érotiques demeurent laissent parfois un brin perplexes. La réflexion sur le consentement sexuel entre partenaires, qui sous-tend l’histoire, s’avère en revanche plus profond et d’actualité dans le contexte #MeToo (ou #BalanceTonPorc et une pointe d’humour avec une Circé qui, dans l’Odyssée transforme les hommes en cochons…). Et le style de Gwen de Bonneval, avec un trait noir et blanc assez épais parsemé de dessins colorés illustrant les fantasmes érotiques, crée une ambiance particulière qui sied bien au récit.
    Bref, un ouvrage à lire à vos Polaris et périls…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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