Astérix et Obélix sur la bonne voie

    Astérix, tome 37: Astérix et la Transitalique, Jean-Yves Ferri (scénario), Didier Conrad (dessin). Editions Albert René, 48 pages, 9,95 euros (édition Luxe: 128 pages, 39 euros ; art book – avec 12 ex-libris dont un signé de chaque auteur: 199,95 euros).

    Cette fois, l’enjeu et la pression étaient moindres. Avec ce troisième album, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad se sont désormais bien installés en “repreneurs” de la “franchise Astérix”. Donc un peu moins de campagne de com’ tonitruante et grandiose et plus de proximité avec le terrain – avec notamment une tournée en “province” des deux auteurs à la rencontre de leurs lecteurs (comme chez nos confrères de la Voix du Nord, s’agissant des habitants des Hauts-de-France).
    Ce qui est d’ailleurs préférable, le marketing venant moins occulter l’album.
    Et sur ce point, même si les albums se vendent tout seuls et occupent largement les têtes de gondoles des librairies et supermarchés ces jours-ci – Ferri et Conrad, en bons artisans consciencieux, progressent d’albums en albums. Après une histoire chez les Pictes un peu figée et un Papyrus de César déjà plus enjoué, ils prennent peut-être véritablement leur vrai départ cette fois.

    Un départ qu’ils partagent, ici, avec leur célèbre duo de Gaulois. Pour justifier le bon état supposé des voies romaines – et surtout masquer un détournement de fonds – un sénateur romain à l’idée de créer une grande course de chars ouvert à tous les peuples du monde connu, qui traversera la botte, de Modicia (Monza) à Neapolis (Naples). Obélix, qui vient justement de faire l’acquisition d’un char gaulois et à qui une sybille vient de promettre un destin “de grand aurige” (conducteur de char) y voit la confirmation de la prophétie et s’engage, accompagné d’Astérix en co-pilote (ce dernier étant d’ailleurs en retrait dans tout l’album). Ils devront affronter des cimbres, des lusitaniens, des normands, des goths, un équipage féminin venu du sud du nil et même les pirates (venus pour empocher les sesterces promises au vainqueur). Et, bien sûr, le char italien, conduit par le mystérieux Coronavirus est favori. Et même un peu plus que cela. Car César ne saurait tolérer que ce ne soit pas un Romain qui l’emporte. D’où une course aux multiples rebondissements.

    En succédant à Goscinny et Uderzo (puis Uderzo seul), Conrad et Ferri ont aussi sacrifié au rythme impulsé à la série: à un récit se déroulant dans le village d’Armorique succède une aventure à l’étranger. En Italie, cette fois où, curieusement, nos deux Gaulois sont très rarement allés. C’est l’occasion de faire un petit hommage à Uderzo (dont le nom apparaît, légèrement détourné, sur une borne) et aussi de restituer la singularité des diverses provinces, avec le même anachronisme joyeux qui fait tout le charme et la réussite d’un album d’Astérix.
    Retrouvant la verve d’un Goscinny (perdu dans la dernière période, des albums d’Uderzo seul), Ferri multiplie jeux de mots, calembours et bonnes blagues (à eux seuls, les patronymes sont déjà, ou plutôt, de nouveau, un vrai festival). Des gags et un dynamisme portés par le trait – très uderzien – de Didier Conrad, ce qui donne un album très rythmé et emmené – logiquement – sur les chapeaux de roue.
    Certes, une fois lancée, l’intrigue est très linéaire et s’achève sur un épilogue oecuménique un peu faiblard et sans réel enjeu. C’est la limite de l’exercice et désormais le challenge pour le ou les prochains albums: dépasser l’histoire sympathique mais un peu fade pour atteindre le niveau des albums mythiques comme Astérix chez les Belges, les Corses ou Astérix légionnaire. Mais en tout cas, on ne dira sûrement pas à Conrad et Ferri d’arrêter leur char !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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