Avec Octofight, la vieillesse n’est pas un naufrage pour tout le monde

     Octofight, tome 1(sur 3): Ô vieillesse ennemie, Nicolas Juncker (scénario), Chico Pacheco (dessin). Editions Glénat, coll. Treize étrange, 128 pages, 12,90 euros.

    Emmanuel Macron serait donc parti pour relancer sa réforme des retraites. Et le vieillissement de la population devrait donc revenir un sujet de préoccupation, du moins médiatique. Mais, bonne nouvelle, dans trente-six ans, la solution aura été trouvée au problème !

    En 2056, sous le régime (un peu autoritaire, mais que voulez-vous, si on veut que ça marche, hein…) de Mohamed Maréchal-Le Pen, fils de Marion Maréchal, l’Assemblée a finalement adopté la règle de l’euthanasie obligatoire pour toutes les personnes âgées de plus de 80 ans en “fin de droits médicaux”. En clair, toutes celles et ceux qui négligent leur santé se voient condamnés, comme Stéphane Legoadec dont on a trouvé des traces de nicotine dans les urines.

    Pour lui et son épouse, il ne reste plus qu’une solution: la fuite vers les territoires “néo-ruraux”, territoires perdus de la République gaulliste-gaulliste (tout le monde est devenu gaulliste en 2050) devenus une zone sans droit. Là, des chefs de gangs s’affrontent à travers de nouveaux jeux du cirque, avec des octogénaires fugitifs en guise de gladiateurs, le déambulateur et la béquille remplaçant le sabre et le filet…

    Avec Un jour sans Jésus, Nicolas Juncker et Chico Pacheco avaient risqué le blasphème en racontant une version très particulière de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Et réussi leur pari en tenant le rythme sur les six volumes d’une histoire à la fois drôle, très prosaïque et bien menée. Ils récidivent dans le sujet un peu border line avec cette comédie mordante sur le vieillissement de la population.

    La critique politique reste en arrière-plan de ce premier tome (mais est très bien conté par Nicolas Juncker lui-même dans le teaser de la série – voir ci-dessous), même si le côté burlesque des positionnements politiques entre ultra-centristes et gaullistes-gaullistes ne manquent pas d’ironie, rapprochant cette nouvelle série, par certains aspects, des Vieux fourneaux de Lupano et Caauet.

    C’est donc plus l’action qui s’impose, sous forme de road trip au départ puis d’un délire de combat de “fight club” d’octogénaires, le tout dessiné avec un grand dynamisme, dans un style pseudo-mangas par Chico Pacheco (effet accentué par le petit format et la couverture souple). Le dessinateur se montrant également particulièrement en forme pour rendre ses personnages très expressifs.

    Dans sa construction, ce premier tome réussit parfaitement à embarquer le lecteur dans cette aventure au rythme rapide, tout en la ponctuant de flash-back et d’éléments redonnant sans lourdeur le contexte de cette France de 2050.

    Un mélange de satire sociale et d’humour potache qui fonctionne en tout cas très bien. Mais on n’en attendait pas moins de la part de deux auteurs “passionnés de théologie, de métaphysique anthropologiste et d’eschatologie, diplômés en positivisme logique et scolastique post-hégélianiste” – selon leur biographie de présentation dans l’album…- qui, après s’être consacrés “à la mort d’un jeune dans le passé“, ne pouvaient faire mieux que de poursuivre avec une nouvelle étude sur “la mort des vieux dans le futur“.  Une étude qui devrait pouvoir rapidement s’enrichir de nouveaux éléments, puisque le tome 2 est prévu pour sortir cet automne.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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