Betty Boob, Vero Cazot (scénario), Julie Rocheleau (dessin). Editions Casterman, 168 pages, 23 euros.

    Elisabeth est une jeune femme séduisante et pleine d’entrain promise à une belle vie. Mais un sale crabe en a décidé d’autrement. La maladie ayant surgi dans sa vie, elle doit subir une ablation du sein gauche. Dès lors, la jeune femme se retrouve du jour au lendemain sans compagnon, sans travail et doit apprendre à vivre avec cette poitrine amputée. Heureusement, elle n’est pas le genre de femme à se laisser abattre. De ce sein en moins, elle saura en faire une nouvelle arme de séduction.
    Elisabeth se transforme en « Betty Boob » en devenant la vedette d’un show burlesque où tous les genres sont acceptés. Elle s’y fait de nouveaux amis et trouve un sens inattendu et excitant à sa vie. Comment renaître après une mastectomie.

    Avec Betty Boob, Véro Cazot, scénariste (Et toi quand est-ce que tu t’y mets ? où elle traitait déjà d’un sujet difficile, l’avortement), et la Québécoise Julie Rocheleau, au dessin (La fille invisible, La colère de Fantômas) traitent avec tendresse et humour de ce grave sujet de santé publique : le cancer du sein.
    Plutôt que de verser dans l’acrimonie, les deux autrices ont au contraire opté pour un récit joyeux, émouvant et chargé d’espoir pour toutes les femmes. A commencer par le titre, « Betty Boob » (bustier, en anglais) et clin d’œil évident à Betty Boop, l’héroïne sexy de la série animée américaine des années 1930. Le parti pris inattendu et osé est justement de placer ce personnage amputé physiquement dans l’univers des cabarets burlesques, où l’on exhibe les corps sans tabous. Finalement ce sera le début de sa renaissance.

    La reconstruction de Betty passe progressivement sur les planches jusqu’à oser ne plus cacher ce sein en moins. Mais avant d’en arriver là elle devra passer par plusieurs épreuves, souffrir de l’absence de désir de son petit ami, éprouver le regard d’une directrice tatillonne sur les « bonnes mensurations », et surtout dépasser sa propre honte.

    L’autre très bonne idée des auteurs est d’avoir écrit cette histoire sans dialogues, excepté certaines onomatopées. Finalement comme pour The Artist, film de Michel Hazanavicius ayant remis au goût du jour les films muets, l’histoire se comprend aisément et se lit même d’une traite, tant elle est jubilatoire et pleine de rebondissements. Le découpage graphique, très dynamique avec ses cadrages et angles variés, et le dessin très expressif et coloré suffisent à faire passer les émotions qui se dégagent du récit.
    Comme dans une comédie musicale de Jacques Demy, on danse, on rit et on pleure avec cette héroïne qui réussit à nous amener au-delà des apparences. Un superbe livre – Prix de la BD FNAC 2018 – dont la « carrière » ne devrait pas s’arrêter là !

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    • Journaliste depuis près de 20 ans, dans différents titres de la presse locale, tombé dans la marmite des bulles, quand il était petit, en découvrant Snoopy puis les aventures d'un naufragé du A, des Tuniques bleues ou encore d'un Gentilhomme de fortune accompagné d'un célèbre révolutionnaire russe. Toujours passionné de BD, a collaboré à l'éphémère magazine BachiBouzouk, écrit un mémoire sur "L'Association" en 1999 sous la direction de Pierre Christin (IUT de journalisme de Bordeaux) puis aujourd'hui chroniqueur à Bulles Picardes.

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