Fascinante finance maléfique

    Black Monday Murders, T1 : Gloire à Mammon, Jonathan Hickman (scénario), Tomm Coker (dessin). Editions Urban comics (coll. Indies), 240 pages, 22,50 euros.

    Le krash boursier de 1929, le lundi noir de 1987, la crise des subprimes de 2008, tous ces événements ont bouleversé la planète financière et fait trembler le monde. Ont-ils été causés mécaniquement par les modèles mathématiques peu scrupuleux des marchés boursiers ? Ou sont-ils le fruit d’une puissance mystique, vénérée par une poignée de familles de banquiers ayant la main mise sur la finance mondiale ? L’inspecteur Dumas est chargé de mener l’enquête sur la mort orchestrée d’un des membres de cette élite, et c’est au travers de son investigation que nous pénétrons dans une guerre de clans infiltrés dans les ténèbres du monde de Mammon, Prince des enfers et de la cupidité.

    Jonathan Hickman (Manhattan Projects, East of West) a décidé de rythmer ce nouvel univers comme une série policière américaine. Chaque case à l’air d’avoir était pensée pour donner un point de vue cinématographique, et on y trouve une ambiance de True Detective ou plus récemment  Mindhunter (ainsi qu’une certaine inspiration Zodiac pour la cryptographie). Pas étonnant quand on sait que le dessinateur Tomm Coker est aussi réalisateur de long-métrages. Ajoutez à cela une pincée de mystification et vous flirtez avec la science-fiction durant la totalité de l’album sans jamais savoir sur quel pied danser. Cette fine ligne garde le lecteur en alerte : il faut décrypter chaque croquis et chaque message que les auteurs ont essayé de faire passer pour tenter de distinguer la réalité du virtuel, et comprendre les engrenages de ce polar haletant.

    Le style ultra-réaliste du dessin de Tomm Coker est bluffant, au point qu’on se pose la question à plusieurs reprises pendant l’album : s’agit-il de vraies photos qui ont été crayonnées ? L’ombrage, les traits du visage, les postures corporelles, tout est en place pour faire croire à une réalité dessinée, augmentant ainsi l’immersion dans le récit. Attention cependant, les planches sont entrecoupées de textes, dialogues et diagrammes, et surtout l’action change d’époque et de lieu de façon récurrente. Tous ces ajouts enrichissent l’histoire qui en devient tentaculaire, et ne gêneront pas les amateurs de détails et de complexité, mais la densité d’informations peut rendre la lecture difficile.

    Cet album est la traduction américaine du format « Collected » qui regroupe les quatre premiers comics de cette série. Pour les plus impatients le deuxième tome dans ce format est déjà sorti aux USA, en anglais évidemment.

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