Blake et Mortimer dans leurs éléments aux Arts et Métiers

    Scientifiction, l’exposition consacrée à Blake et Mortimer au Musée des Arts et métiers vient de rouvrir, après une interruption estivale contrainte et avant le renouvellement des planches, début octobre.

    En raison de la canicule et afin de protéger les originaux exposés, l’exposition Blake et Mortimer Scientifiction au musée des Arts et Métiers a été temporairement fermée au public, en août. Elle vient de rouvrir, ce 3 septembre, un mois avant le renouvellement intégral des 60 planches fin octobre. Car, c’est bien là l’intérêt principal de cette belle expo: la première exposition publique d’une sélection de plus d’une centaine de planches originales d’Edgar P. Jacobs, issues de la Fondation Roi Baudouin (et ce après le scandale de la disparition de certaines planches, révélée dernièrement par Daniel Couvreur, journaliste au Soir de Bruxelles).

    L’autre originalité du parcours – ou du moins la raison et justification de la présence d’une telle expo de bande dessinée dans ces murs – est de nouer un dialogue inédit entre l’univers de Jacobs et près de soixante-dix objets sorties des réserves du musée.

    L’entrée de la salle principale de l’expo.

    L’ensemble a aussi été mis en scène par Eric Dubois (enseignant en Arts plastiques intervenant au musée) et Thierry Bellefroid, journaliste spécialisé en bandes dessinées, auteur notamment d’Horloger du rêve, sur le travail de François Schuiten) autour des quatre éléments fondamentaux (feu, eau, air, terre). Ainsi, un sabre foudroyé d’une expérience de « commotions électriques » de la fin du XVIIIe siècle à une planche décrivant les cataclysmes météo dans S.O.S Météores,  des câbles télégraphiques sous-marins cohabitent avec d’autres pages de L’Énigme de l’Atlantide, des modèles d’égouts parisiens sont associés aux méandres de L’Affaire du collier. Plus fusionnel encore, un modèle de moteur d’avion turbo générateur de bord dénommé Espadon vient bien sûr en rappel de l’avion du même, vedette du Secret de l’Espadon – et dont une grande maquette trône dans le hall du musée, en prélude alléchant. Alors, certes, ces parallèles ne sont pas forcément tous évidents et se réduisent parfois à de simples juxtapositions. Avec des objets intéressants, en soi, mais sans grands rapports entre eux. Mais cela met en lumière l’intérêt manifesté par Jacobs pour la technologie et les thématiques de son époque.

    Un bleu de couleurs de la page 28 de l énigme de l Atlantide.

    Et puis, grâce à un système d’éclairage très réussi, il est fascinant de contempler ainsi le travail de Jacobs, à travers des pages encrées mais aussi des “bleus” et des esquisses. Une immersion renforcée par la deuxième salle, circulaire, qui présente elle des objets en volume inédits ayant servi à l’auteur. Autre éblouissement de voir ainsi des maquettes du chronoscaphe ou des modelés réalisés par l’auteur pour son travail.

    Dans une scénographie sobre mais à l’ambiance très réussie, l’obscurité de la première salle, toute en longueur et proposant un double cheminement (aller et retour) est contrebalancée par la blancheur immaculée et assez clinique du “laboratoire”.

    De quoi s’y précipiter en ce mois de septembre, avant donc l’installation de 60 nouvelles planches le 3 octobre… qui justifiera une seconde visite, permettant de voir les originaux du visage halluciné d’Olrik sous le masque de La Marque jaune, celui de Septimus en savant totalement fou, des calques colorés du Piège diabolique ou un projet de couverture inédit de L’Énigme de l’Atlantide, à l’aquarelle. Des objets seront également renouvelés avec la mise en place de la maquette du décor de théâtre du ballet Sylvia ou la nymphe de Diane, clin d’œil à la carrière de baryton d’Edgar P. Jacobs…
    Une programmation culturelle, des visites et des ateliers sont aussi proposés (à retrouver sur le site du musée).
    Enfin, il faut noter aussi l’édition d’un beau livre-catalogue de l’expo, Scientifiction Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers, de près de cent pages (30 €).

    Planche originale de la page 14 du tome 1 du Secret de l Espadon. Avec une construction tout en diagonal
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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