La sirène amoureuse de Bluebells Wood

    Bluebells Wood, Guillaume Sorel. Editions Glénat, 70 pages (plus cahier graphique), 19 euros.

    Depuis que sa femme l’a quitté, William s’est évadé de la réalité du quotidien pour aller peindre et dessiner dans un endroit reculé. Il a choisi son petit bout de paradis : une maison surplombant une plage déserte, au fin fond d’une forêt. Ses seules relations sociales sont les visites régulières de son vieil ami Victor et de son modèle de dessin, la jeune et jolie Rosalie, qu’il n’arrive à peindre que sous les traits de son ancienne épouse. Hanté par son visage, il vit toujours dans le déni mais essaie de se reconstruire dans ce coin perdu.
    Lors d’une balade en barque, il est attaqué par un groupe de sirènes avant d’être sauvé de la noyade par l’une d’entre elles. S’engage alors un subtil jeu amoureux, avec une pointe de jalousie, mais surtout beaucoup de volupté et de poésie graphique. Leurs deux univers sont-ils compatibles  ?

    Guillaume Sorel livre de nouveau ici un magnifique roman graphique (après sa superbe adaptation du Horla ou son travail d’illustration d’Alice au pays des merveilles), avec un travail d’ambiance et de rythme de haute qualité. Il n’en est pas à son coup d’essai dans ce genre.
    Après Hôtel Particulier, il montre une nouvelle fois sa capacité à oeuvrer en auteur complet, signant scénario et dessin. Et ce one shot dans le monde fantastique est une pure réussite.

    Sorel nous entraîne dans sa fable et on se laisse vite porter par le rythme des planches. L’histoire flirte jusqu’à son terme entre réalisme et fantastique, laissant au lecteur le choix de se faire sa propre opinion sur ce qu’il vient de lire.
    Comme il l’explique dans sa postface, ce scénario est le fruit d’une période de pause dans la bande dessinée, pour lui qui s’est consacré un temps à la peinture. C’est d’ailleurs durant cette période qu’il a découvert, à Guernesey, le site de Bluebell Wood, sa forêt dense et sauvage plongeant vers la mer et cette crique avec sa maison isolée qui sert de cadre à BlueBells Wood.
    Cette “parenthèse” se concrétise aussi dès la première planche, tant on est immédiatement saisi par la qualité du coup de pinceau et par le jeu de couleurs, confirmant que Sorel a atteint un nouveau niveau de maîtrise en matière de mise en couleurs, sûrement le résultat de cet aparté artistique et pictural.

    À noter, enfin, un joli cahier graphique à la fin de l’ouvrage – avec des croquis de portraits, des recherches et de superbes “tableaux” pleine page – qui vient amplifier cette approche graphique.

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