En attendant Bojangles, l’amour à la folie

    En attendant Bojangles, Ingrid Chabbert et Carole Maurel, d’après un roman d’Olivier Bourdeaut, Edition Steinkis, 104 pages, 18 euros.

    Sous le regard émerveillé d’un petit garçon, une vie de famille peu ordinaire se déroule comme un conte de fée. Ses parents, bourgeois excentriques menant la vie de bohème, aiment danser toute la nuit sur Mr Bojangles, une chanson de Nina Simone, tout en buvant des cocktails, faire la fête avec des amis dans leur bel appartement parisien et imposent l’école buissonnière à leur fils pour vivre dans une liberté absolue. Toujours accompagnés de leur animal domestique, un drôle de volatile au plumage exotique baptisé Mademoiselle Superfétatoire, ils transforment leur vie en une fête sans fin.

    Personnage central, la mère aussi belle qu’extravertie, changeant de prénoms comme de robes, dirige son petit monde à la baguette comme au bal. Dans le tourbillon de la vie. Malheureusement ce bonheur et cette liberté apparents vont être progressivement fissurés. La chanson de jazz devient alors un morceau de blues mélancolique et tragique.

    En attendant Mr Bojangles est une adaptation en bande dessinée du roman d’Olivier Bourdeaut, dressant le portrait de cette famille fantasque où tout – le meilleur comme le pire – peut arriver. Respectivement au scénario et au dessin, Ingrid Chabbert, auteur de livres pour la jeunesse, et Carole Maurel, passée par le cinéma d’animation, se retrouvent après un roman graphique commun Ecumes.

    Avec leurs dialogues et un dessin réaliste, elles restituent la poésie et la musicalité de cette histoire sensible et délicate vue à travers les yeux d’un petit garçon. Avec leurs robes cintrées et ondulantes et costumes en tweed, les personnages ressemblent à des zazous de la France d’après-guerre, tout droit sortis d’un roman de Boris Vian. Une ressemblance loin d’être fortuite. Comme dans son œuvre majeure, l’Ecume des jours, un mal profond va tisser sa toile, inexorablement. La fable douce et amère prend alors un tournant nettement plus tragique où le rêve est progressivement rattrapé par la réalité.

    Cette adaptation graphique est particulièrement réussie et a été saluée par l’auteur lui-même dans sa préface. Ingrid Chabbert et Carole Maurel ont su capter l’atmosphère délicieusement surannée dégagée par cette histoire profondément émouvante. Si la fin cousue de fil blanc pourra en décevoir certains ; En attendant Bojangles est un très beau conte moderne qui interroge sur l’amour à la folie ou la folie de l’amour.

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    • Journaliste depuis près de 20 ans, dans différents titres de la presse locale, tombé dans la marmite des bulles, quand il était petit, en découvrant Snoopy puis les aventures d'un naufragé du A, des Tuniques bleues ou encore d'un Gentilhomme de fortune accompagné d'un célèbre révolutionnaire russe. Toujours passionné de BD, a collaboré à l'éphémère magazine BachiBouzouk, écrit un mémoire sur "L'Association" en 1999 sous la direction de Pierre Christin (IUT de journalisme de Bordeaux) puis aujourd'hui chroniqueur à Bulles Picardes.

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