Bootblack… il était une autre fois en Amérique

    Bootblack, tome 1, Mikaël. Editions Dargaud, 64 pages, 14 euros.

    Altenberg est un enfant d’immigrés allemands qui vit dans le quartier populaire de Manhattan, à New York, durant la Grande Dépression. A l’âge de 10 ans, il devient brutalement orphelin après avoir perdu ses parents dans un incendie d’immeuble. « Al » comme il se fait appeler se retrouve à vivre dans la rue, comme de nombreux autres gamins, en cirant les chaussures des adultes blancs fortunés. Il se lie très vite d’amitié avec un autre Bootblack prénommé Shiny et un pickpocket aussi rusé qu’habile Joseph Bazilsky. Dans cette Amérique des années 30 gangrénée par la mafia et la violence, ces trois-là apprendront vite à se débrouiller, faisant de la rue leur terrain de jeu. Malgré ce qu’en pense la belle et hautaine Maggie, la fille de l’épicier, comédienne en cachette, qui fait tourner la tête d’Al, bien décidé à lui plaire. Al va devoir choisir entre être un bootblack honnête ou un gangster… 

    Après Giant, son précédent dyptique, Mikaël, auteur franco-canadien, ayant commencé par le dessin pour enfants, nous replonge dans le New-York avec son nouvel opus Bootblack, prévu également en deux tomes.  C’est sur un champ de bataille, quelque part en Europe, en 1945, que débute ce récit qui alternera les flash-back. Al, seul rescapé de son unité, enterre ses camarades sous la neige après une terrible bataille . « Tout ça pour en arriver là » murmure-t-il avant de plonger dans ses souvenirs de jeunesse. Retour dans la ville de son enfance,  à plusieurs milliers de kilomètres de là…

    Le dessin réaliste aux couleurs sombres et ocres restitue parfaitement bien l’atmosphère de l’époque, avec la foule citadine grouillant dans les rues misérables de New-York contrastant avec l’opulence des gratte-ciel, symbole d’un capitalisme triomphant (pour quelques-uns).  Le découpage narratif presque cinématographique dynamise le récit en alternant les grandes et petites cases, permettant de se plonger totalement dans cette jungle urbaine où la démesure est la règle. Violence, sexe et alcool sont les trois ingrédients de la vie quotidienne de ces habitants des bas-fonds.

    Bootblack est un récit particulièrement bien documenté de cette période de crise aux Etats-Unis, entre prohibition et mafia, avec en toile de fond le rejet des étrangers et la xénophobie montante où doivent survivre ces gagne-petit basculant bien souvent dans la criminalité. Ce n’est pas sans rappeler des grandes œuvres du 7e Art ayant traité de manière similaire ce sujet Il était une fois l’Amérique de Sergio Leone et Le Parrain de Francis Ford Coppola.

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    • Journaliste depuis près de 20 ans, dans différents titres de la presse locale, tombé dans la marmite des bulles, quand il était petit, en découvrant Snoopy puis les aventures d'un naufragé du A, des Tuniques bleues ou encore d'un Gentilhomme de fortune accompagné d'un célèbre révolutionnaire russe. Toujours passionné de BD, a collaboré à l'éphémère magazine BachiBouzouk, écrit un mémoire sur "L'Association" en 1999 sous la direction de Pierre Christin (IUT de journalisme de Bordeaux) puis aujourd'hui chroniqueur à Bulles Picardes.

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