Ce qu’il faut retenir de ce centenaire de la Grande Guerre en bande dessinée

    Ce 11 novembre 2018 marque la fin du centenaire de cette Première Guerre mondiale, qui a donné lieu, à une profusion éditoriale, d’albums de bande dessinée sur le sujet. Dont certains excellents.  Petit rappel, loin d’être exhaustif (pour une approche plus complète, on peut se reporter à notre rubrique “centenaire 14-18“).

    Pour commencer, une série s’impose: Notre-mère la guerre, de Kris et Maël, que nous avons évoqué à l’occasion de chacune des parutions des quatre volumes, puis des chroniques de Notre-mère la guerre et des événements associés. Une nouvelle actualité à y rajouter, avec la parution, en ce mois de novembre d’un nouveau coffret de l’intégrale, en édition limitée (1500 ex.), numérotée, signée et assortie de quatre ex-libris. Un ouvrage pas donné (49 €), mais une idée de cadeau pour les fêtes et, surtout, un récit fort, qui fait songer à Un long dimanche de fiançailles (le roman de Sébastien Japrisot et le film de Jean-Pierre Jeunet) ou aux Carnets de guerre de Louis Barthas (adapté récemment en album graphique); récit magnifié par le dessin plein de délicatesse et d’émotion de Maël. Sur 14-18, il y a eu – et il y a encore – Tardi (revenu d’ailleurs en 2016 pour un Dernier assaut marquant), qui a su imposer le vécu des Poilus et retranscrire la folie destructrice et l’horreur de la guerre. Il y a désormais Kris et Maël, avec cette enquête policière qui interroge en fait la guerre elle-même. Ce mal qui contamine et transforme tous les hommes.

    Série à avoir émergé durant ce centenaire et à s’être imposée auprès du public, la Guerre des Lulus, des auteurs picards Régis Hautière, Hardoc et Damien Cuvillier. Ce récit ample et plein de rebondissements autour de l’odyssée de jeunes orphelins perdus derrière les lignes allemandes, met en lumière des aspects finalement peu évoqués, comme justement la vie en “zone occupée”, mais aussi la vie à Berlin en temps de guerre (dans La perspective Luigi).

    Plus classique dans la forme, la trilogie Verdun, scénarisé par l’historien Jean-Yves Le Naour a aussi eu ce grand mérite d’aborder le sujet sous un angle spécifique, et avec le recul critique qui s’imposait, qu’il s’agisse du soldat héroïque (dans le tome 1), de la ténacité des combattants (dans le tome 2) ou du cas des fusillés pour l’exemple (tome 3) à travers une histoire aussi vraie qu’invraisemblable.

    C’est en deux albums par contre que Dorison, Herzet et Babouche ont su conté superbement ce Chant du Cygne et cet étonnant (mais vrai) périple d’une bande de Poilus désireux d’apporter à l’Assemblée nationale une pétition pour faire cesser la boucherie des offensives inutiles de 1917.

    Même atmosphère emplie d’humanité et de subtilité pour décrire cette folie meurtrière collective dans les bien nommées (au-delà du jeu de mot) Folies Bergère de Porcel et Zidrou.

    Enfin, on avoue une inclination particulière pour une série décalée, uchronique et fantaisiste mais qui s’inscrit pleinement dans les épisodes réels de la Première Guerre mondiale, les Sentinelles de Dorison et Breccia.

    Au rayon “étranger” cette fois, il faut rappeler le travail de Joe Sacco, avec sa frise-récit sur le premier jour de la bataille de la Somme (que l’on peut aujourd’hui voir, en grand au centre d’interprétation de Thiepval, dans la Somme), mais aussi la Mort blanche, des britanniques Charlie Adlard et Robbie Morrison, qui a la triple originalité de s’intéresser à un secteur largement oublié, le front italo-autrichien, d’évoquer une tactique de guerre à la fois monstrueuse et inédite (le déclenchement volontaire d’avalanches pour détruire les forces adverses) et d’user d’une approche graphique singulière.
    Egalement à noter, l’exhumation des Carnets du Capt. Butler, évocation à la fois naïve mais fidèle du combat des troupes américaines. Et puis, bien sûr, le magnifique travail réalisé par les éditions Delirium et son fondateur, Laurent Lerner, pour rééditer de belle manière la Grande Guerre de Charlie, de deux autres Britanniques, Pat Mills et Joe Colquhoun. Une saga en dix albums qui, derrière des aspects de “pulp magazine” s’impose comme le pendant british de Tardi.

    Au-delà des récits de guerre, et dans le registre des traces laissés par ce conflit (évoquées par l’album collectif du même nom paru cet automne grâce à l’association amiénoise On a marché sur la bulle), on peut encore citer Vois comme ton ombre s’allonge de l’Italien Gipi, qui parvient à mêler folie individuelle et folie collective, liens entre passé et présent. Illustration de la démarche réussie par tous ces albums. Et d’autres encore, selon la sensibilité de chaque lecteur.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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