Celestia, la possibilité d’une île

     Celestia, Manuele Fior. Editions Atrabile, 262 pages, 30 euros.

    La grande invasion est arrivée par la mer. Elle s’est dirigée vers le nord, le long du continent. Beaucoup se sont enfuis, certains ont trouvé refuge sur une petite île dans la lagune. Une île de pierre, construite sur l’eau il y a plus de mille ans. Son nom est Celestia.

    Ces quelques mots, placés en préface seront les seuls éléments vraiment contextuels de ce nouvel album de l’Italien Manuele Fior (prix du meilleur album d’Angoulême 2011 avec Cinq mille kilomètres par seconde), situant vaguement le récit dans un avenir plus ou moins proche. Par la suite, il n’y aura plus que des allusions  Celestia, désormais isolée après que ses habitants ont fait exploser le pont qui la reliait au continent, est devenue une sorte de ghetto bariolé, carnaval triste et inquiétant ou se sont rassemblés marginaux, voire criminels. Mais elle abrite aussi un groupe de jeunes télépathes animé par le père de Pierrot, qui espère faire émerger avec eux une nouvelle génération et un nouveau départ pour la civilisation.

    Pierrot, libre et poète, avec un faux air du personnage homonyme de la Comedia del arte, s’est éloigné, lui, des projets paternels. Rappelé pour retrouver une autre jeune télépathe, Dora, il va chercher à fuir encore, avec elle et tenter d’aller sur ce continent désormais interdit.

    Sept ans après l’enthousiasmant l’Entrevue, Manuele Fior revient dans la veine de la science-fiction éthérée et vaporeuse, à l’image de sa très évocatrice couverture. Le personnage de Dora pourrait d’ailleurs être celle qui avait des contacts télépathiques avec les extraterrestres dans le précédent ouvrage.

    Ici, plus encore, le récit évacue vite les éléments fantastiques ou d’anticipation pour se centrer sur ses deux personnages et leur désir de fuite de cette cité lacustre et oppressante. Une cité, qui fait fortement songer à une Venise décrépite, qui est l’élément central de l’histoire, avec des décors majestueux, rehaussés par la mise en couleurs à la gouache, qui se substitue au fusain noir et blanc de l’Entrevue. Les personnages, eux, sont plus disgracieux, les traits biscornus, comme peuvent l’être les méandres de la lagunes, les ruelles de la ville… et la trame de cette histoire onirique qui demeure quand même un peu hermétique.

    Mais la beauté du dessin et la possibilité offerte par la forte pagination de développer dans la longueur l’échappée belle de Dora et Pierrot créent un atmosphère et un rythme étrange et envoutant. De quoi faire de Celestia un des albums marquants de cette étrange rentrée.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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