Cette année, c’est Catherine Meurisse qui rejoint Emmanuel Guibert et Chris Ware dans le trio final du Grand Prix d’Angoulême

    Le trio final pour l’obtention du Grand prix d’Angoulême 2020 a été dévoilé ce 15 janvier. Avec deux habitués du podium et une nouvelle: Emmanuel Guibert, Catherine Meurisse et Chris Ware

    On prend presque les mêmes et on recommence. Issu du vote de la “communauté des auteurs et autrices professionnels de bande dessinée”, le trio final en lice pour le Grand Prix d’Angoulême 2020 ressemble assez furieusement à ceux… des deux précédentes éditions.

    En effet, comme en 2018 et l’an passé, l’Américain Chris Ware et le Français Emmanuel Guibert ont été choisis une nouvelle fois par leurs confrères et consoeurs. A leur côté, pour la première fois, est nominée Catherine Meurisse, l’ex-dessinatrice de Charlie hebdo devenue pleinement auteur (ou autrice si on préfère) d’albums avec l’émouvant La Légèreté, suivi des Grands espaces et du récent Delacroix.

    Comme l’an passé, où c’est finalement la mangaka Rumiko Takahashi qui l’a emporté, le climat ambiant – avec la légitime volonté de promouvoir aussi des dessinatrices plus la date anniversaire des cinq ans du massacre de Charlie hebdo – pourrait laisser penser que Catherine Meurisse a ses chances de laisser une fois encore sur place Ware et Guibert. Mais en 2018, il faut rappeler que le prix avait été décerné finalement à Richard Corben (pas forcément l’emblème du féminisme et de la génération #MeToo), même si on a pu y voir une reconnaissance de la BD américaine – comme l’an passé du manga.

    Les auteurs et autrices votant pour le prix ont désormais jusqu’au 20 janvier à minuit pour départager les trois finalistes. Le nom du Grand Prix sera annoncé mercredi 29 janvier lors de l’ouverture officielle du Festival d’Angoulême.

    Un nom parmi, donc, les trois ci-dessous:

    Emmanuel Guibert
    Né en 1964 à Paris, Emmanuel Guibert s’est fait connaître d’entrée par une oeuvre exigeante, Brune, sur la montée du nazisme. Autre oeuvre et série marquante, entre 2000 et 2008, ses albums inspirés par les souvenirs de son ami Alan Ingram Cope, La Guerre d’Alan, l’Enfance d’Alan, Martha et Alan (ed. L’Association). Il poursuit dans cette veine “biographique” avec Le Photographe, d’après des entretiens avec Didier Lefèvre, primé en 2007 à Angoulême.
    Auteur à part entière, Emmanuel Guibert est également un scénariste prolifique dans des genres très divers. Il crée avec Joann Sfar Les Olives noires, la délicieuse Fille du professeur mais il s’inscrit aussi dans la veine du registre jeunesse (et délirant) à travers la série Sardine de l’espace, ainsi qu’Ariol (avec Marc Boutavant), vraie vedette des cours de récré, dont il a également tiré un spectacle musical et vidéo pour enfants des plus réjouissants (que l’on avait pu voir en 2019 au Festival d’Amiens). Il a été récompensé du prix Goscinny du scénariste en 2017 et a été mis à l’honneur par le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en 2018.

    Catherine Meurisse

    Débutant à Charlie Hebdo en 2005, alors âgée de 25 ans et tout juste diplômée des Arts Déco, Catherine Meurisse commence sa carrière comme dessinatrice de presse et d’humour. Mais en parallèle à son travail au sein de l’hebdo satirique, elle développe une oeuvre plus personnelle, avec un regard volontiers ironique ou irrévérencieux sur l’art et la littérature au fil de différents albums – Mes hommes de lettres, Le pont des Arts ou Moderne Olympia – avec un trait vif issu du dessin de presse, qui sait aussi être précis et fouillé lorsqu’il s’agit de reproduire des œuvres d’art. C’est d’ailleurs aussi par cette redécouverte de l’émotion artistique qu’elle se reconstruira après le traumatisme du 7 janvier 2015, étape dont elle témoignera avec une grande délicatesse et autant d’émotion dans La Légèreté. Elle y dévoile une approche et un trait plus fouillé, qu’elle poursuit dans l’album suivant, tout aussi autobiographique mais forcément moins fort, centré sur son enfance, Les Grands espaces.
    A noter que Catherine Meurisse fera aussi l’objet d’une expo à Angoulême, lors du festival 2020. Et que l’on peut voir quelques dessins d’elle à l’étage inférieur de la gare SNCF d’Amiens.

    Chris Ware
    Né en 1967 à Omaha (États-Unis), Chris Ware est un habitué du dernier “tiercé” du Grand Prix d’Angoulême, condamné à devenir le “Poulidor de la BD” ? Son statut et son prestige dans le milieu sont en tout cas indiscutables, au-delà des 28 Harvey Awards et 22 Eisner Awards qu’il détient.
    Publié très jeune dans Raw (la revue d’Art Spiegelman), il débute dans les années 1990 sa série des Acme Novelty, vraie-fausse revue qui va installer les personnages bientôt fameux de l’auteur : Quimby the Mouse, Rusty Brown et surtout Jimmy Corrigan… Depuis vingt-cinq ans, il bâtit une œuvre originale d’auteur, singulière et innovante, que l’on peut considérer avant-gardiste, qui oscille entre une mélancolie et tristesse et qui a conquis une réputation incontestable auprès bon nombre de professionnels et de critiques de bande dessinée.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Warm up, acte III

    Warm Up, tome 3: In loving memory, Renaud Garetta. Editions Dargaud, 64 pages, 14 euros. ...

    Cadavre esquisse : dernier rush pour avoir de la BD participative

    Trois amis d’enfance (dont un Picard) ont lancé un financement participatif, dans le but ...

    “Toujours plus fou, toujours plus beau”… Eldorado

    Eldorado, Hélène Ferrarini (scénario), Damien Cuvillier (dessin et scénario). Editions Futuropolis, 176 pages, 26 ...

    Les éditions de la Gouttière se rapprochent du Centre du jeu

    Les albums des éditions, amiénoises, de La Gouttière, ont été remarquées, ce week-end , ...

    Angoulême expose ses auteurs dans les gares de France, notamment à Amiens

    Pour la première fois, Le Festival d’Angoulême propose, hors de ses murs, une sélection d’œuvres d’artistes. Ainsi, ...

    Par Crom ! Une nouvelle invasion barbare avec Conan le Cimmérien

     Conan le Cimmérien, la citadelle écarlate, Luc Brunschwig (scénario), Etienne Le Roux (dessin). Editions ...