Cette année, la presse s’intéresse de nouveau à la bande dessinée pour Angoulême… et même avant la venue du Président

    Ces dernières années, la visibilité de la bande dessinée, même à l’époque rituelle du festival d’Angoulême avait tendance à s’estomper. L’évolution s’inverserait-elle ? Ces jours-ci, en tout cas, plusieurs journaux ou magazines ont consacré des dossiers au sujet. Et ce, avant même la venue annoncée, ce jeudi, d’Emmanuel Macron pour le lancement conjoint du festival et de l’année de la bande dessinée.

    Libération, bien sûr, est toujours bien là, fidèle relais du 9e art, consacrant régulièrement des sujets sur des albums ou des auteurs, dans un registre certes très pointu de la BD avant-gardiste… ou juste très élitiste. Et qui, chaque jeudi de la semaine du festival d’Angoulême y va de son “Libé tout en dessins”. Un rendez-vous devenu habituel, pour ne pas dire routinier, mais qui ne manque pas d’impact cette année. Et cela dès sa très jolie “une” et sa lolita acidulée réalisée par le mangaka Inio Asano. A l’intérieur, certains sujets prennent un contour un brin grotesque, comme le plan Trump-Netanyahou pour la Palestine (titré, un peu attendu mais bien placé: “les desseins de Trump”) illustré par Léon Maret ou un sujet sur les violences à l’encontre des pompiers avec son dessin de Delphine Panique (Les classiques de Patrique)

    On notera également la forte – et belle – présence de Cyril Pedrosa (futur invité d’honneur des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens 2020), qui dessine un beau portrait de l’ancien résistant et président du CRIF Théo Klein mais qui égratigne aussi les casseroles des Césars. Sinon, on notera que Fillon a inspiré un drôle de dessin à Blutch, façon Blueberry, et Aseyn (l’auteur doué de Bolchoi Arena) propose un joli portrait poétique d’Emmanuel Guibert, élu ce mercredi Grand Prix d’Angoulême 2020.
    La partie livres, pour une fois, est plutôt “grand public” avec un entretien avec Sfar et Trondheim sur la relance de Donjon, le Tif et Tondu (ed. Dupuis) de Blutch ou Un auteur en trop (ed. Sarbacane), charge contre le monde de l’édition BD de Daniel Blancou.

    La bande décimée à l’affiche

    La couv’ de Patachon, le fanzine de JC Menu et Loulou Picasso, réinterprétation des personnages stars de la BD en gilets jaunes éborgnés, labélisés “LBD 2020”

    Cet aspect contestataire, qui pourrait marquer ce festival 2020 malgré – ou à cause – de la présence présidentielle et du lancement officiel en ces lieux de l’Année de la bande dessinée, est aussi évoquée à travers une tribune de plus de 1000 “autrices auteurs en action”, qui affirment leur intention de mettre la pression si le rapport Racine, dévoilé mi-février, n’aboutit sur rien de concret.

    La lutte des auteurs et la précarité de leur situation est aussi le choix d’angle – pas trop surprenant – de l’Humanité. Le journal communiste, dès la une, annonce la couleur en proclamant 2020 l’année “de la bande décimée” et propose un cahier spécial de 4 pages pour faire le point sur cette situation, illustré notamment par des dessins du fanzine Patachon, réalisé par Loulou Picasso et Jean-Christophe Menu, clairement militant, et qui l’affirme dès sa couv très “gilet jaunes”, détournant le titre du festival en un “LBD 2020” à la puissance graphique incontestable. Un journal revendicatif qui sera distribué lors du festival d’Angoulême

    Plus modestement, l’Humanité dimanche , jeudi 23 janvier, avait déjà évoqué le sujet à travers une rencontre avec le dessinateur Jul, parrain de l’année de la bande dessinée.

    Les newsmagazines présents aussi cette année

    Les newsmagazines ne sont pas en reste cette fois. Dès la semaine dernière, Le Point consacrait un dossier de 12 pages à la bande dessinée (qui, lorsqu’il sort de son anti-syndicalisme primaire et poujadiste ou des pontifiantes pensées de BHL, l’hebdo de François Pinault est capable de faire de bons sujets), avec notamment un long entretien avec Bastien Vivès, une rencontre avec Pénélope Bagieu ou Robert “Walking Dead” Kirkman (qui a reçu ce mercredi un “fauve d’honneur” à Angoulême) et une intéressante tentative de classification des “sept familles de la bande dessinée”.

    Les Inrocks, eux, choisissent de mettre en avant “la génération féministe”, incarnée en premier lieu par l’incontournable Pénélope Bagieu (en lien avec la sortie de son nouvel album, adaptation des Sorcières de Roald Dahl), en entretien. Mais aussi avec de “nouveaux regards” sur sept bande dessinées “par et sur des femmes”, dont Liv Stromquist, Nine Antico, Catherine Meurisse ou Aude Mermilliod (pour Il fallait que je vous dise).

    Et jusqu’à l’hebdo chrétien Le Pèlerin qui propose un article synthétique – et bien fait – sur la “mutation de la bande dessinée” et un grand entretien avec Etienne Davodeau, qui réalise également une belle couv’ apaisée et apaisante.

    Mais, pour l’heure, c’est le quinzomadaire Society qui a déployé le plus de moyens avec carrément un supplément de 52 pages à son dernier numéro (encore en maisons de la presse cette semaine) ! Et, là encore, on peut saluer l’éclectisme – et le bon goût – du numéro, entre une couv originale réalisée par l’Américaine Emil Ferris, des entretiens avec Aj Dungo (In Waves), Ugo Bienvenu vu comme la “nouvelle star de la BD française”, l’Anglaise Posy Simmonds, mais aussi les moins connus Laurent Maffre (pour son diptyque sur le bidonville de Nanterre, Demain Demain), Sophie Guerrive (et son ours Tulipe, apparemment plébiscité aussi bien par Mélenchon que Philippe Katerine) ou encore l’Américain Nick Drnaso, présenté comme “la relève de Daniel Clowes, Chris Ware ou Adrian Tomine”.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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