L’impératrice Charlotte… l’anti-Sissi

    L’impératrice Charlotte, tome 1, Fabien Nury (scénario), Mathieu Bonhomme (dessin). Editions Dargaud, 72 pages, 16,95 euros.

    Charlotte de Belgique fut l’épouse de Maximilien de de Habsbourg, fugitif empereur du Mexique au destin tragique. Elle fut aussi, de ce fait, la belle-soeur de la fameuse “Sissi” (que l’on retrouve rituellement à la télé à Noël sous les traits de Romy Schneider et qui fait ici deux apparitions guère à son avantage). Cette seconde relation rattache un peu plus à la “grande histoire” cette aristocrate de la seconde moitié du XIXe siècle qui n’aura pas laissé par ailleurs beaucoup de traces.

    C’est elle pourtant que Fabien Nury (merveilleux conteur historique, d’Il était une fois la France à La Mort de Staline) a entrepris d’extirper de l’oubli.
    Tout commence en 1840. Courtisée par beaucoup de nobles, plus ou moins promise à Pierre V du Portugal, la jeune Charlotte, alors à peine âgée de 16 ans, tombe sous le charme de l’archiduc d’Autriche, Maximilien, aux attitudes de vrai gentilhomme. Ses frères, qui la chaperonnent avec vigilance, accèdent finalement à ses désirs. Et le mariage à un air de conte de fées, avec une princesse rayonnante. Mais elle va vite déchanter… Et ce dès la nuit de noces. Elle devra ensuite faire face aux contraintes de son rang, face à la froideur manifestée par l’Empereur François-Joseph à la cour d’Autriche. Face, surtout, à la découverte progressive des travers de son mari, fêtard et faible.
    Devenu gouverneur de Lombardie-Vénétie, Maximilien se fait construire un somptueux palais à Trieste, qui va devenir une vraie piège pour son épouse. Surtout quand son mari devient un quasi-proscrit, à qui on attribue la défaite de Solférino face aux Français.
    Dans l’impossibilité de donner naissance à un héritier, suite à la syphilis dont est atteint Maximilien, Charlotte va alors intriguer pour se sortir de sa prison dorée. Et lorsque Napoléon III, enlisé au Mexique propose à Maximilien de devenir Empereur du pays, elle croit avoir trouvé cette délivrance.

    C’est une plongée dans les coulisses de la vie de cour que proposent ce diptyque, dont cette première partie s’achève sur l’arrivée triomphale des époux au Mexique.
    Une adaptation qui s’autorise des libertés avec la vérité historique et qui se situe loin des récits enamourés d’un Stéphane Bern, on y découvre surtout un protocole étouffant, des mesquineries familiales et des tractations géopolitiques. C’est aussi un beau portrait de femme, avec la transformation d’une jeune princesse innocente en une femme manipulatrice, se servant de tous ses atouts pour tenter de se sauver. Une histoire individuelle qui vient s’inscrire dans la tragédie (ou tragi-comédie, parfois) de la Grande histoire. Et une histoire servie magnifiquement par le trait de Mathieu Bonhomme, juste et fin, et qui redonne vie de très belle manière à cette ambiance aristocratique aux petits airs du Guépard de Visconti. L’auteur d’Esteban restitue également particulièrement bien les sentiments des personnages. Et notamment de sa jeune impératrice qui n’a pas fini de souffrir.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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