Un cercueil bien chargé et une Charogne bien conservée

 Charogne, Benoît Vidal (scénario), Borris (dessin). Editions Glénat, collection Treize étrange, 158 pages, 19,00 euros. 

Fin du XIXe siècle : Joseph, maire d’un village pyrénéen reclus dans la montagne, dévoué au bien-être de ses concitoyens et aimé de tous, décède soudainement d’une crise cardiaque. Malheureusement, l’église de la commune est en ruine, et le curé de la paroisse refuse de monter  jusqu’au village enclavé pour une dernière bénédiction.
Alors la solidarité s’organise : un groupe de jeunes villageois va se charger de descendre le cercueil en contrebas de la vallée, jusqu’à mi-pente. Une lourde tâche. Mais après tout, ils doivent bien cela à feu  leur maire, le bienfaiteur du village. Sauf que très vite, leur périple ne va pas se passer comme prévu: les complications s’enchaînent, l’orage gronde, les rancœurs s’en mêlent, et  les secrets et mensonges du maire ressurgissent. Etait-il vraiment le  saint qu’il laissait paraître ?

Atmosphère pesante sur fond de jalousie et de rivalité entre familles : voilà un récit qui, grâce à ses indices égrainés tout au long de l’album, pourrait typiquement coller à un scénario de court ou
long-métrage. Un exercice particulièrement compliqué dans une bande dessinée, là où le lecteur a tout le loisir de rester sur une planche pour essayer de deviner la suite, alors même qu’une scène de film ne peut être figée.
Pour autant, Benoit Vidal et Borris ont parfaitement réussi leur mise en scène : l’histoire est bien emmenée, sans être improbable, et on se laisse volontiers entraîner par les quelques éléments semés dans la narration qui enrichissent la chute de l’histoire.

L’ensemble est d’autant plus réaliste que le village de cette fiction, ainsi que la « pause des morts », là où les cadavres des victimes du choléra sont déposés, existent vraiment. Ils se trouvent dans le  département de l’Aude.
Quant au dessin, il est soigné. Borris a choisi de laisser une partie du crayonnage ce qui colle bien à l’ambiance du récit. De même pour la couleur, restreinte aux nuances de gris qui donne du corps aux passages sous l’orage et pendant la nuit. On regrettera néanmoins un manque de couleur pour les autres planches. Cela aurait pu aider à bien contraster  avec ces séquences et les flash-back.

Le petit format (17×24,8cm) de la BD est convaincant, ne vous laissez pas décourager par le nombre de pages (158), vous dévorerez cette histoire en un rien de temps !

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