Corben, Guibert et Ware: le dernier trio en lice pour le Grand prix 2018 d’Angoulême

    A l’issu du premier tour de l’élection du Grand Prix 2018 d’Angoulême, qui s’est déroulé du 8 au 13 janvier, trois auteurs ont été retenus, dans la “short list” au sein de laquelle sera désigné le lauréat 2018. Liste éclectique, encore, avec Richard Corben, Chris Ware et Emmanuel Guibert.

    Sans polémique pour l’instant – ce qui est étonnant, mais il reste encore une dizaine de jours… – la préparation du prochain Festival international de la bande dessinée d’Angoulême poursuit son cours. Notamment en ce qui concerne sa plus prestigieuse récompense: le Grand prix, saluant l’oeuvre d’un auteur.

    Ayant réuni la participation de 1230 autrices et auteurs, le premier tour de scrutin (entre le 8 et le 13 janvier) a vu émerger trois auteurs appelés à concourir au second tour. Un trio incontestablement de qualité, marquant une certaine diversité et à dominante américaine.
    Par ordre alphabétique, comme les classe le communiqué du FIBD diffusé cet après-midi, on trouve donc tout d’abord…

    Richard Corben.

    Né en 1940 dans le Missouri, Corben est la figure la plus “patrimoniale”, à sa manière, du trio.
    Ayant débuté dans des magazines underground avant d’être engagé chez Warren Publishing, il va devenir célèbre pour ses illustrations horrifiques et de science-fiction, notamment au sein des magazines Creepy, Eerie et Vampirella.
    Son style ultra-réaliste, ses héros musculeux et ses héroïnes pulpeuses ainsi que son utilisation de la couleur à l’aérographe le rendent emblématique de la nouvelle génération d’auteurs indépendants de la scène américaine.  En France, c’est Métal Hurlant qui va le rendre populaire et lui conférer un statut et une aura qui se maintiennent jusqu’à nos jours.
    A noter que le label Délirium a ces dernières années réédité une bonne partie de ses oeuvres emblématiques, dans Creepy, Eerie, ses adaptations d’Edgar Poe ou d’autres oeuvres moins connues, comme Ragemoor. Corben collabore aujourd’hui au sommaire de Luke Cage, the Punisher, Hulk ou encore Hellboy.

    Emmanuel Guibert

    Né en 1964 à Paris, Emmanuel Guibert s’est fait connaître d’entrée par une oeuvre exigeante, Brune, sur la montée du nazisme. Autre oeuvre et série marquante, entre 2000 et 2008, ses albums inspirés par les souvenirs de son ami Alan Ingram Cope, La Guerre d’Alan, l’Enfance d’Alan, Martha et Alan (ed. L’Association). Il poursuit dans cette veine “biographique” avec Le Photographe, d’après des entretiens avec Didier Lefèvre, primé en 2007 à Angoulême.
    Auteur à part entière, Emmanuel Guibert est également un scénariste prolifique dans des genres très divers. Il crée avec Joann Sfar Les Olives noires, la délicieuse Fille du professeur mais aussi dans un registre jeunesse (et délirant) la série Sardine de l’espace, ainsi qu’Ariol, avec Marc Boutavant, duquel il a tiré un spectacle pour enfants des plus réjouissants (que l’on avait pu voir l’an passé lors du Festival d’Amiens). Il a été récompensé du prix Goscinny du scénariste en 2017.
    Auteur estimable et apprécié, ce n’est pas lui manquer de respect que de noter qu’il apparait un peu en retrait par rapport à ces deux confrères américains de cette année.

    Chris Ware

    Né en 1967 à Omaha (États-Unis), Chris Ware est devenu un habitué du dernier “tiercé” du Grand Prix d’Angoulême, sans jamais décrocher le prix final !
    Publié très jeune dans Raw, l’emblématique revue d’avant-garde d’Art Spiegelman et Françoise Mouly, il entame au début des années 1990 une œuvre d’envergure avec sa série des Acme Novelty, vraie-fausse revue qui va installer les personnages bientôt fameux de l’auteur : Quimby the Mouse, Rusty Brown et surtout Jimmy Corrigan… Depuis vingt-cinq ans, il bâtit une œuvre originale d’auteur, que l’on peut considérer avant-gardiste, qui oscille entre une mélancolie et tristesse et qui a conquis une réputation incontestable auprès bon nombre de professionnels et de critiques de bande dessinée.
    Une oeuvre qui, dans la forme aussi, est singulière et innovante. Par son graphisme très reconnaissable, la fabrication soignée de ses albums et leur format atypique, comme l’impressionnant Building Stories, en 2012, coffret regroupant une quinzaine de petits livres de divers formats, tous rattachés entre eux mais pouvant se lire dans n’importe quel ordre.
    Déjà récompensé par 28 Harvey Awards et 22 Eisner Awards, Chris Ware est aussi un habitué de ces listes préparatoires au Grand prix d’Angoulême et même du “tiercé final” (comme l’an passé encore). Souvent nommé, jamais gagnant. Cette année encore ?

    Le deuxième tour de scrutin s’ouvre ce mercredi 17 janvier (jusqu’au dimanche 21 janvier à minuit), avec les même électeurs potentiels, c’est-à-dire “tout auteur ou autrice de bande dessinée professionnel, quelle que soit sa nationalité, dont les oeuvres sont traduites, en français et diffusées dans l’espace francophone et ayant participé au premier tour“.
    Le nom du nouveau Grand Prix sera annoncé le mercredi 24 janvier 2018 lors de la cérémonie d’ouverture de la 45e édition du Festival.
    Rappel : les votes plébiscitants des artistes ayant déclaré publiquement leur refus de participer à l’élection des Grands Prix n’ont pas été comptabilisés.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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