Dans la peau de Peyo à Schtroumpfand

    La “Schtroumpf expérience” (à la Porte de Versailles encore jusqu’à ce week-end) rappelle combien l’œuvre de Peyo est dans le cœur des premiers lecteurs tout en séduisant leurs enfants et petits-enfants.

    Les personnages ont certes “schtroumpfé” aux yeux du globe et même “Smurfé” aux Etats-Unis (où ils sont dénommés Smurfs, donc) à travers leur adaptation en dessin animés avec 270 épisodes, et plus récemment en films d’animation 3D. Mais les albums restent un vrai succès avec 25 millions d’exemplaires vendus pour les 37 albums de la saga.

    Des Schtroumpfs toujours plus présents

    Les petits bonhommes bleus qui ont fêté leurs soixante ans en 2018 comptent aussi des produits dérivés en masse. Entre 600 contrats actifs (groupes électronique, confiserie, croisière, banque). Un guide sous forme de catalogue est d’ailleurs édité régulièrement avec les cotes de revente de centaines de figurines. Plus de 300 millions de ces dernières ont d’ailleurs été vendues dans monde ! Pour l’anecdote, un simple CD de tubes repris par les Schtroumpfs a été vendu à 40 millions d’exemplaires ! En 2012, le business Schtroumpf pesait ainsi 40 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un business qui revient à la société IMPS, créée par la fille de Peyo en 1984. Il n’est pas étonnant alors que la Schtroumpf expérience parisienne cartonne.

    Il y a eu du monde à la Schtroumpf Experience

    Une “expérience” qui monte en puissance

    L’ambiance est posée d’entrée, avec un Schtroumpf géant positionné dans le hall. Occasion de se souvenir que les petits lutins bleus ont quatre doigts à chaque main, « comme Mickey », sourit Garance en spécialiste, venue avec sa petite famille profiter de l’expérience.

    La suite ? Un petit film qui rappelle l’American dream de Peyo. Puis une salle d’exposition avec en point d’orgue la reconstitution du village schtroumpf – justement réalisée avec des figurines, et pas que, puisque les produits dérivés concernent aussi les maisons, pardon les champignons dans lesquels logent nos petits amis, ainsi que du mobilier. Des planches montrent également l’évolution des personnages, sortent de lutins, de farfadets, plus longilignes, aux visages moins grassouillets,  qu’actuellement. Une évolution similaire à celle qu’ont pu connaître les personnages de Disney.

    La suite de “l’expérience” monte encore en puissance. On traverse la forêt comme un schtroumpf. Les champignons, troncs d’arbre et fleurs magiques ont un effet apaisant tandis que des habitants des lieux apparaissent discrètement sous forme d’hologrammes. Les gamins adorent.

    On enchaîne ensuite avec l’arrivée sur la place du village. La maison de la schtroumpffette est bien là. Elle s’y affaire. Celle du Grand schtroumpf dévoile son célèbre chaudron où le sage prépare ses potions qui souvent repoussent les menaces qui pèsent sur sa tribu. Et ici on peut se faire tirer le portrait facilement, le visage transformé en schtroumpf à lunettes, schtroumpfette, grand schtroumpf au choix.

    Une vraie immersion au pays des Schtroumpfs

    Dans la peau d’un schtroumpf

    Les gamins se marrent sans fin. Et ils n’ont pas fini puisqu’un grand jeu de grimpe et des toboggans ont été aménagé pour eux… autour du grand méchant de l’histoire : le sorcier Gargamel, allongé, saucissonné au sol !  Il est la menace principale du village avec sa quête : capturer les petits êtres bleus, les diluer dans son laboratoire en potion magique lui livrera les pouvoirs absolus. Il est aidé en cela par son fidèle chat Azraël, à qui il fait pourtant subir une série d’épreuves, un chat qui n’a qu’une envie : dévorer les Schtroumpfs.

    D’autres jeux de grimpe, censés rappeler les aventures des bonnets blancs s’enchaînent avec un petit passage, presque obligé, chez Gargamel, comme dans beaucoup d’épisodes de la série animée. On est alors placés dans une grande cage, le sorcier se félicite de sa prise en nous fixant dans les yeux, puis on assiste à l’évasion de nos camarades. La séance se termine par du virtuel. Il en faut bien. Equipé de casque, vous voilà vraiment schtroumpfs, embarqué sur le dos d’une cigogne. On n’en dira pas plus mais cela fonctionne.

    Un passage en boutique et c’est fini. Les plus jeunes pourront passer à l’accueil rendre un petit questionnaire basé sur divers engagements sociaux et environnementaux pour repartir avec un petit cadeau.

    Avec un peu de recul, vous passerez un bon moment même si cela manque de personnels (il n’y avait pas d’accueil en costumes lors de notre visite). C’est aussi un peu court, il faut compter deux heures (dont finalement bien pour les petits) et la boutique sonnait creux. L’expo reste dynamique, avec un esprit famille et une bonne gestion des flux de visiteurs. C’est gratuit pour les moins de 3 ans, 12 euros pour les 3-12 ans, 18 euros pour les plus de 18 ans.

    Gargamel en mauvaise posture

    Pierre Culliford derrière Peyo

    Pierre Culliford (1928-1992), auteur belge francophone, c’est d’abord les séries Jacky et Célestin, Johan et Pirlouit, Brisefer, Poussy et donc, les Schtroumpfs. L’auteur a tâté de la projection au cinéma puis débuté dans l’animation en Belgique. Gouacheur à la CBA (modeste studio de dessins animés) il a rencontré les Franquin, Morris et Eddy Paape. Rien que ça… Le studio coule, Peyo tâte de la pub, du dessin humoristique dans la presse (Le Soir),  avant de rejoindre la maison d’édition Dupuis aidé par Franquin.

    En 1952, au journal Spirou, en passionné du Moyen âge qu’il est, il développe Johan et Pirlouit. Les schtroumpfs vont naître plus tard dans cet univers médiéval, plus spécifiquement dans La Flûte à six trous (1958) avant finalement de prendre le dessus sur les deux héros. Significativement, l’album  deviendra d’ailleurs La flûte à six schtroumpfs. Et ces petits personnages vont vite étendre leur pouvoir de séduction, notamment grâce à leur langage “schtroumpfement” originale. Idée de génie née, la légende est désormais connue, lors d’un repas où Franquin demande la salière et ne trouvant pas le mot, lance : “Passe moi le… schtroumpf“… Autre innovation langagière, celle de l’auteur lui-même : Peyo, nom qui lui vient de son petit-neveu incapable de prononcer “Pierrot”. Peyo, donc, va ensuite suite créer son propre studio et s’entourer de plusieurs collaborateurs. Et la fibre animée n’a jamais quitté l’auteur qui sort en 1976 La Flûte à six Schtroumpfs, adaptation de son premier album. Et pas n’importe quelle adaptation. Il est aidé de Yvan Delporte rédacteur en chef de Spirou et surtout de Michel Legrand qui en signera la musique.

    Les Schtroumpfs, retrouvés dernièrement dans “le Village perdu”

    Schtroumpfmania planétaire

    Cinq ans plus tard, c’est le début du rêve américain avec le lancement d’une série de dessins animés par les studios Hanna Barbera production. L’aventure américaine connaîtra quand même quelques anicroches : notamment avec les Schtroumpfs noirs, vus comme des singes cannibales, qui furent censurés aux Etats-Unis avant de devenir… violets !
    Par ailleurs, la polémique sur l’aspect antisémite de la figure de Gargamel – proche de la caricature du juif développé au début du XXe siècle a aussi fait couler beaucoup d’encre. Autre dénonciation, celle du machisme latent d’une série où tous les personnages sont masculins et où le seule personnage féminin, la Schtroumpfette, est une bimbo simplette créée de toute pièce par Gargamel (avant que le Grand Schtroumpf n’en change l’apparence).

    Qu’importe, la schtroumpfmania planétaire est lancée accompagnée d’un flot de produits dérivés.

    Peyo quitte alors Spirou pour fonder en 1990 Cartoon creation et le journal Schtroumpf ! Tous deux, mal gérés, capotent vite. Les droits des albums estampillés Peyo à partir de cette période sont revendus en 1992 aux éditions du Lombard. Dupuis garde ceux sortis sous sa bannière.  Peyo, très affaibli par la maladie, succombe quelques mois plus tard.  Son oeuvre maîtresse va lui survivre. Et même connaître un récent renouveau avec de nouveaux films: Les Schtroumpfs en 3D (2011) suivi d’un second volet (2015) et d’un “reboot” en 2017, Les Schtroumpfs et le village perdu.

    Mais, au fait, pourquoi les Schtroumpf sont-ils bleus ? L’épouse de Peyo l’a choisi pour sa parfaite intégration avec le paysage de la forêt, elle est d’ailleurs devenue coloriste par la suite.

     

     

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