David Snug très compétent dans sa critique du travail

     Dépôt de bilan de compétences, David Snugg. Nada Editions, 96 pages, 15 euros.

    Par la grâce d’une machine à voyager dans le temps construite en cours de techno au collège, le jeune David Snug vient s’enquérir de sa vie future auprès du David Snug de la maturité. Entre souvenirs d’enfance revisités, allers-retours passé-présent et illusions perdues, c’est surtout l’occasion pour le David Snug d’aujourd’hui d’enseigner ses rapports passés et conflictuels avec le monde du travail et la façon dont, parvenu à la trentaine, il a décidé de mettre fin à sa relation avec le salariat.

    Il est vrai qu’après un bac arts appliqués, un DEUG en arts plastiques et une vague licence en cinéma, le jeune “punk” va se retrouver à entamer une longue suite d’emplois en intérim, pour des jobs aussi absurdes que de faire effectuer un virage sur un tapis roulant à des fromages dans une usine de camemberts ou de piloter une machine dans une usine de moulage plastique (Snug ayant été choisi pour avoir fait un BAC arts “plastiques”…) avant d’abandonner son poste à la chaîne chez Renault parce que le chef ne voulait pas qu’il aille faire pipi. Par un concours de circonstances, il se stabilisera un peu comme animateur de cours d’informatique dans une MJC. Début d’un parcours qui le fera enchaîner dix ans de CDD dans des centres socio-culturels, avant de se retrouver pion dans un lycée à l’âge de 42 ans.

    Ayant enfin saisi que “tout travail salarié est une forme d’esclavage moderne“, et constaté qu’avec quelques petites restrictions et arrangements il pouvait arriver à vivre dans sa petite chambre de bonne parisienne, David Snug va donc s’employer désormais à “vivre sans emploi“.

    Désormais délivré du poids de ce laborieux labeur, David Snug consacre tout son temps à la bande dessinée à travers son blog et une quinzaine d’albums au compteur, mais aussi à la musique avec son groupe Trotski Nautique.

    La couverture avec son clin d’oeil appuyé aux Temps modernes de Charlie Chaplin tout comme le jeu de mot du titre de ce nouvel album autobiographique de David Snug donne le ton. Joyeusement iconoclaste comme dans le choix de ce pseudonyme par Guillaume Cardin “pour faire américain”.

    Le running gag de l’album

    Avec son graphisme simple et caricatural, son autoportrait en sorte de bûcheron canadien (ou hipster) à la longue barbe, et une mise en page stricte en gaufrier de six case, Dépôt de bilan de compétences déploie un style et un humour singuliers, mais souvent irrésistibles. Mais l’ouvrage est aussi assez irréfutable dans sa longue démonstration, étayée sur l’expérience personnelle de l’auteur, ponctuée de commentaires ironiques ou cinglants.

    Derrière son j’m’en foutisme de façade, c’est bien un ouvrage solidement argumenté et très politique que livre ici David Snug, contre l’absurdité du salariat et les travers du capitalisme, puisant chez le Paul Lafargue du Droit à la paresse et plus encore chez l’anarchiste américain Bob Black, auteur du manifeste Travailler, moi ? Jamais. Et comme un digne prolongement à l’An 01 de Gébé, qui proposait déjà: “On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste !“. C’est également le cas ici.

    En postface, le sociologue Julien Bordier prolonge la réflexion à travers une “critique du travail” développée, accompagnée d’une bibliographie étoffée. Le dans une approche qui s’inscrit bien dans la démarche libertaire des éditions Nada.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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