De Gaulle, l’homme du 18 juin

     De Gaulle, tome 2/3, Mathieu Gabella (scénario), Christophe Regnault (storyboard), Michaël Malatini (dessin), Frédérique Neau-Dufour (dossier historique), Gabriela S. Hamilton et Arancia Studios (couleurs). Editions Glénat-Fayard, coll. Ils ont fait l’Histoire, 56 pages, 14,50 euros. 

    Le précédent tome s’arrêtait sur le départ du Général de Gaulle vers Londres, en pleine débâcle. Ce deuxième épisode de cette biographie dessinée débute, en majesté, par son allocution du 18 juin 1940. Et, à travers les extraits choisis dans cette première planche se dessine les grandes lignes de l’album: la France résistante qui n’est pas seule mais peut s’appuyer sur son empire et qui peut continuer la lutte avec son allié anglais. Une bataille de quatre ans, voire cinq ans, qui se suit chronologiquement ici, étape après étape. Les premières négociations avec Churchill, le premier échec naval de la France libre devant Dakar, puis la conquête de l’AOF par les maigres troupes de Leclerc, jusqu’à Kouffra (pour cette épopée là, on peut se reporter avec profit à l’album consacré au général dans la série sur les Compagnons de la Libération), le drame de Mers-El-Kébir et la destruction de la marine française (assumée, contraint et forcé par de Gaulle), Pearl Harbor, le débarquement allié en Algérie et au Maroc, les luttes de “légitimité” pour représenter la France avec l’amiral Darlan puis le général Giraud, le mépris des Américains pour de Gaulle, le coup de force de la bataille de Paris et la manière d’imposer une souveraineté française en 1945…

    Narrativement, cet album tranche avec le précédent et se résume un peu à une succession de courtes séquences chronologiques, plus ou moins connues, mais qui à défaut de donner du rythme, apporte un regard complet et complexe sur le déroulé de la Seconde Guerre mondiale, raconté du point de vue du Général de Gaulle. D’où l’insistance mise sur la dimension africaine de la reconquête et l’absence quasi-totale de la “Résistance intérieure” – celle, pourtant qui sera magnifiée dans l’immédiat après-guerre pour effacer la France collaborationniste. Le récit développe également bien la dimension “diplomatique” des relations – souvent tendues – entre l’homme de la France libre et les responsables anglais ou américains. L’approche dépasse donc de loin l’image d’Epinal. Et c’est également avec finesse que l’on découvre la vision politique et idéologique d’un de Gaulle méprisant le “parlementarisme”, à son départ en 1946. Une approche qui privilégie donc la complexité et le clair-obscur de l’histoire à la lumière trop aveuglante de la légende.

    Côté dessin, si le Général s’affirme et si sa silhouette s’impose sous le trait de Michaël Malatini (à l’image de la couverture), il n’en va pas de même des autres personnages, souvent difficilement reconnaissables. En revanche, les scènes de combat sont spectaculaires et l’ambiance égale d’un bout à l’autre de l’album. Le dossier historique, en fin d’ouvrage, comme d’habitude, permet d’enrichir encore ses connaissances sur la période.

    Reste à voir maintenant comment les auteurs parviendront à gérer les 25 dernières années du Général, de l’après-guerre à sa mort en 1970. Mais en tout cas cet album a su être au rendez-vous du 80e anniversaire du 18 juin 1940.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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