Deux visions des invasions venues de l’espace

    Conquêtes, t.1 : Islandia, Jean-Luc Istin (scénario), Zivorad Radivojevic (dessin). Editions Soleil. 82 pages, 16,95 euros.
    Renaissance, t.1: les déracinés, Fred Duval (scénario), Emem (dessin), Fred Blanchard (design des vaisseaux et machines). Editions Dargaud, 64 pages, 14 euros.

    Deux séries de science-fiction, de facture relativement classique, qui peuvent se regarder comme en miroir. Et le changement de point de vue ne manque pas d’intérêt. Deux séries qui partagent aussi le même postulat de base: la Terre est épuisée, détruite par une humanité inconséquente.

    Dans Conquêtes, la solution passe par l’exil et l’appropriation d’exo-planètes. Cinq sont sélectionnés, comme autant d’albums qui vont s’échelonner jusqu’en janvier 2020 dans cette nouvelle série-concept de celui a qui l’on doit déjà la prolifique série Elfes. Première tentative donc avec Islandia, une planète glaciaire peuplée d’une race autochtone d’apparence primitive et pacifique. Le lieutenant Köning, jeune femme sexy et décidée est en charge de la première mission de contact. Mais les tensions sont fortes au sein de la flotte humaine, entre un amiral qui la hait et une équipe scientifique qui semble avoir son propre agenda pour la mission.

    A l’inverse, dans Renaissance, si les conquérants viennent aussi de l’espace, c’est sous la forme d’une armée extraterrestre un peu similaire aux forces de l’ONU. Sur décision de la fédération des intelligences mammifères, une intervention a en effet été décidée avant l’extinction définitive de l’humanité. Il est vrai qu’en cette année 2084, la planète subit des épidémies et des inondations répétées, mais aussi des catastrophes nucléaires et un chaos généralisé.
    Swänn, un jeune forestier de la planète Näkän sur le point de se marier est l’un de ces soldats de cette force “Renaissance”. Sur Terre, il est expédié au Texas, où il va rencontrer Liz, un pompier en lutte contre un gigantesque incendie en pleine guerre civile. Dans le même temps, à Paris, la fiancée de Swänn, Sätie est mise en contact avec Hélène, seule personne immunisée de la colonie de réfugiés vivant dans la Tour Eiffel. Et malgré les précautions prises, de part et d’autre, les choses vont vite déraper.

    Intéressante confrontation donc, entre deux approches opposées. Et deux manières, aussi, d’appréhender le sujet. Conquêtes oublie assez rapidement son concept de départ pour se résumer à un conflit assez manichéen entre Terriens. Mais cela n’en reste pas moins un album bourré d’action, avec une intrigue qui maintien le suspense jusqu’à son dénouement. Le dessin du serbe Zivorad Radivojevic est de la même teneur, tendance réaliste classique mais bien tenu de bout en bout.
    A l’inverse, Renaissance propose une vision plus décalée et nettement plus subtile du rapport à l’autre. L’histoire prend son temps, dans ce premier des trois volumes prévus, pour poser le cadre, s’attachant à décrire la situation catastrophique de la Terre tout comme la civilisation de Näkän, permettant d’autant mieux d’évoquer les réactions des uns et des autres et la façon dont cette opération de “pacification” peut être ressentie comme une armée de colonisation – ce qui ne manquera pas de faire songer à quelques opérations “humanitaires” et militaires organisées par l’occident ces dernières décennies.
    Le dessin d’Emem, dans un style également réaliste, est précis et très détaillé. Un même soin est porté au design, donnant une forte crédibilité au récit. Un récit dédoublé et qui accroche déjà très bien à l’issue de ce premier épisode.
    De quoi donner envie de poursuivre avec ces expéditions dans les prochains tomes.

    Renaissance… Premier contact.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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