Des hommes et des traumatismes de la guerre d’Algérie

     Puisqu’il faut des hommes: Joseph, Philippe Pelaez (scénario), Victor L.Pinel (dessin). Editions Grand Angle, 64 pages, 15,90 euros.

    Un coin de campagne française, en 1961. Engagé volontaire, celui-ci a la réputation d’avoir fait sa guerre derrière un bureau à Alger. Une image de “planqué” qui se double, pour ses parents, de celle d’un lâcheur, qui a laissé son père et son frère seuls pour s’occuper de la ferme.

    Un point d’autant plus sensible que ce frère, par ailleurs grand espoir du cyclisme régional, a été victime d’un accident de tracteur qui l’a rendu hémiplégique. Et pour couronner le tout, Mathilde, l’amour adolescent de Joseph est désormais promise à un autre, fils du riche boucher du coin. Et le frère de Mathilde, lui, combat toujours dans les Aurès, comme l’envers héroïque du destin de Joseph.

    Une accumulation de rancoeurs et d’hostilité, de moqueries et de non-dits qui vont exploser au fur et à mesure, tandis que se dévoilera une tout autre vision de la guerre de Joseph et l’explication de son étonnant secret…

    La guerre d’Algérie est un trauma qui demeure toujours présent dans la mémoire française, soixante ans plus tard, d’où le nombre de livres récents qui lui sont encore consacrés, dont, en bande dessinée, Algérie, une guerre française, Une histoire dessinée de la guerre d’Algérie ou encore Soleil brûlant en Algérie, pour ne citer qu’eux. Philippe Pelaez (à qui l’on doit notamment le réjouissant Un peu de tarte aux épinards) y replonge à hauteur d’hommes avec ce récit à la fois psychologique, familial tout en brossant un portrait d’un village rural du début des années 60.

    L’ambiance pesante et le mystère qui entoure son personnage principal sont particulièrement bien rendues, même si le dessin semi-réaliste de Victor L.Pinel se montre parfois un peu trop rigide (à l’inverse de ce qu’il déployait dans La Maison sur la plage). On pourra juste regretter une évocation un peu trop rapide et abrupte de la révélation de la cause du stress post-traumatique dont est victime Joseph, thème qui aurait pu mériter un plus long développement. Mais, il est vrai, qu’ici, c’est plus l’engagement sacrificiel du héros – d’autant plus qu’il n’est pas reconnu – qui est au coeur de l’histoire.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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