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Détox, retour finalement réussi à la nature

 Détox, livre 1: le déni; livre 2: l’acceptation. Jim (scénario et dessin des personnages), Antonin Gallo (dessin ). Editions Grand Angle, 88 pages, 16,90 euros.

Se ressourcer, faire un pas de côté, arrêter le cours haletant d’une vie stressante, se retrouver. Autant d’envie que Mathias d’Ogremont… ne partage pas du tout !

Ce Parisien ultra-connecté à l’allure d’ogre dévorant la vie, directeur général d’une société de reprise d’entreprises en difficulté, va de rendez-vous en rendez-vous, estimant remplir son rôle de père de famille en assurant le bien-être matériel et de belles vacances à sa femme et ses deux enfants. Mais lorsque sa chère assistante (également sa maîtresse occasionnelle) décède d’un AVC en pleine réunion, c’est le vrai choc. Matthias décide alors, sur un coup de tête, d’aller faire un stage de détoxication dans le sud de la France que lui avait conseillé une amie.

Une fois sur place, il regrette plus d’une fois son choix, se ressentant comme prisonnier d’une bande de néo-hippies aux consignes absurdes, notamment celles – dures à supporter – de lui ôter ses téléphones portables… A la fin du premier tome, une tentative « d’évasion », avec une jeune femme aussi irritée que lui, Adèle, échouait dans les volutes d’une fin de nuit de « relaxation » à base de « chanvre maison ».

Un peu plus apaisé au réveil, il tente de se laisser aller à la contemplation du ciel en se couchant dans l’herbe humide… qui lui provoque plus prosaïquement un blocage sévère du dos. C’est le début de nouvelles péripéties où il retrouvera Adèle, un écrivain en phase terminale de son cancer, un car de randonneurs naturistes, un troupeau de chèvres ou un taureau fantasmatique venant défoncer sa tête. Mais, pour Matthias, ce sera aussi le temps de l’acceptation. Et finalement, cette décade de jeûne en pleine nature restera un moment fort et marquant.

Il y a une forme d’ascèse dans ce diptyque. Et un vrai défi, à relater une cure de détox en près de 200 pages ! Mais Jim n’a pas son pareil pour donner vie à des personnages attachants. Dans un autre registre que dans Une nuit à Rome, c’est encore le cas pour ce Matthias – inspiré, précise l’auteur, d’un de ses voisins dans son village méridional. Autour de lui, les autres protagonistes sont aussi plus que des faire-valoir, mais dévoilent leurs failles et leur profondeur, à l’image d’Adèle, jeune musulmane voilée mais surtout Addict aux médocs qui font planer.

A son image, personnages et situations ne tombent jamais dans le manichéisme ou le simplisme, ni pour brocarder ces tentatives de retour à la nature, ni à l’inverse pour en faire un éloge béat ou prosélyte. L’histoire, très humaine, enchaîne à un rythme rapide moments burlesques et petits instants plus dramatiques ou émouvants. Le deuxième volet étant, pour sa part, plus centré sur le personnage de Matthias qui, plus ou moins contraint, parvient à connaître l’isolement et le retour sur soi voulu par son stage. Et à découvrir la fêlure intime qui le taraudait depuis son enfance.

Pas de « révélation cosmique » pour autant – et Jim reconnait ses propres réticences à l’égard d’un tel stage de « détox » – mais l’épilogue illustre les transformations vécues par le héros. Pas de changement radical de vie, mais une meilleure compréhension de celle-ci.

Sans imposer donc un quelconque message, c’est aussi le propos de Détox.

La beauté du dessin de Jim pour les personnages, toujours finement restitués dans un bel effet de réalisme, tout comme celui des paysages par Antonin Gallo, tout comme le climat orangé des planches accentue cet effet de contemplation zen qui, comme souvent avec les séries de Jim, embarque dans son univers.

 

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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