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Leconte est bon avec ses deux passantes dans une nuit de couvre-feu

Deux passantes dans la nuit, tome 1: Arlette, Patrice Leconte et Jérôme Tonnerre (scénario), Alexandre Coutelis (dessin). Editions Grand Angle, 72 pages, 16,90 euros

Un soir d’hiver, dans le Paris occupé de la Seconde Guerre mondiale. Deux femmes qui se croisent et vont faire un bout de chemin ensemble, sans encore livrer tous leurs secrets. La première, Arlette, sort de prison, surprise que son ami Félix – à cause de qui elle s’est retrouvée à l’ombre – ne soit pas là pour l’attendre – elle le retrouvera, amère, dans une situation bien compromettante. La seconde, Anna, est magicienne dans un cabaret, brutalement congédiée car “balancée”, elle la réfugiée juive polonaise.

Par hasard et contrainte, les deux jeunes femmes très différentes vont traverser la nuit ensemble, et faire des rencontres plus ou moins troubles.

Une nuit de couvre-feu à Paris. L’actualité récente amène un contrepoint ironique à cette traversée de Paris revisitée sous le mode féminin. L’histoire n’a cependant rien à voir avec le célèbre film de Claude Autant-Lara avec Jean Gabin et Bourvil, même si ce sont deux hommes de cinéma qui sont aux manettes, le cinéaste Patrice Leconte – qui renoue avec la bande dessinée, lui qui commença à griffonner dans Pilote, et le scénariste Jérôme Tonnerre. Et même si elle compte aussi une scène haute en couleur dans un bar.

Ici, pas de bons mots à la Audiard et, finalement, peu de dialogues. C’est un récit d’atmosphère qui commence à se déployer, dans un Paris en grande partie désert sous le couvre-feu mais traversé d’ombres.

Chaque étape d’Arlette et Adèle permet, sans trop s’appesantir, d’étayer le contexte de l’occupation mais dans une ambiance presque onirique parfois. Le dessin d’Al Coutelis, avec un trait réaliste léger, un peu “prattien”, et la mise en couleurs avec ses effets de contraste, créent une atmosphère forte et un peu étrange de ce Paris des années 40. Parfaite et belle illustration de la description qu’en donne Patrick Modiano dans ce paragraphe, judicieusement placé en exergue: “… Dans ce Paris de mauvais rêve, où l’on risquait d’être victime d’une dénonciation et d’une rafle à la sortie d’une station de métro, des rencontres hasardeuses se faisaient entre des personnes qui ne se seraient jamais croisées en temps de paix, des amours précaires naissaient à l’ombre du couvre-feu sans que l’on soit sûr de se retrouver les jours suivants.”

Parvenus à mi-parcours, cette première partie donne en tout cas envie d’aller jusqu’au bout de cette nuit avec ces deux passantes. 

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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