Une âme en peine d’acceptation

    Eclat(s) d’âme, tome 1, Yuhki Kamatani (scénario et dessin). Editions Akata, 176 pages, 7,95 euros.

    Edité par Akata dans les collections Seinen et Société, Eclat(s) d’âme est un manga qui aborde, à travers le quotidien d’un lycéen, les problématiques auxquelles sont confrontées les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, communément appelées « LGBT ».

    On suit le jeune Tasuku pris dans la tourmente après avoir été surpris par des camarades en train de visionner une vidéo porno gay sur son téléphone. « Deux jours avant les vacances d’été… je crois que je suis mort », s’est alors dit, au fond de son âme, le lycéen, incapable d’assumer au grand jour son homosexualité, jurant à tous que la vidéo en question lui a été envoyée par son frère pour lui faire une mauvaise blague. « Tout est foutu », a pensé le jeune homme aux grands yeux au moment de s’ôter la vie, tout en contemplant, du haut d’un belvédère, cette ville d’Onomichi au Japon qui ne l’accepte pas.

    S’apprêtant à faire le grand saut, Tasuku est alors ébloui par une mystérieuse silhouette à l’allure féminine qui le devance et saute dans le vide, tel un ange. Paniqué, il se rend à l’endroit où elle se trouvait et découvre, médusé, qu’elle est en vie et qu’elle dirige un salon de discussion ouvert à tous. Un lieu où l’on écoute Rêves d’hiver de Tchaïkovski, où l’on bouquine mais surtout où l’on ne vous juge pour ce que vous êtes. Conseillé par cette mystérieuse « hôtesse » qui, paradoxalement, ne l’écoute pas vraiment, Tasuku va aller de rencontre en rencontre, apprendre à se connaitre et à s’accepter. Et qui sait, peut-être à faire son coming-out après des vacances d’été qui s’annoncent inoubliables…

    Hymne à la tolérance et à l’acceptation de soi, Eclat(s) d’âme s’inscrit dans la lignée du Mari de mon frère de Gengoroh Tagame, également édité par Akata. Empreint de poésie et de légèreté, ce nouveau manga LGBT « tout public » traite pourtant d’un inquiétant problème de société, celui de l’homophobie, du rejet de l’autre en raison de son orientation sexuelle.
    Un thème grave et actuel comme le montre cette récente étude de chercheurs américains de l’Université de Californie. On y apprend que les ados LGBT ont, comparés aux jeunes hétérosexuels, plus tendance à avoir des pensées suicidaires. Pire, sur un échantillon de 15 000 lycéens interrogés, 25% des ados LGBT disent avoir déjà fait une tentative de suicide contre 6% pour les hétérosexuels.
    Le signe d’une détresse parfaitement retranscrit dans Eclat(s) d’âme à travers Tasuku, un personnage principal torturé, tiraillé entre le regard des autres et ce qu’il ressent au plus profond de lui.

    Imaginé par Yuhki Kamatani, auteure du best-seller Nabari, ce manga est heureusement aussi plein d’espoir et montre qu’il est possible de s’élever, d’aimer qui l’on veut au mépris du qu’en dira-t-on. Ce processus est joliment dépeint dans certaines scènes métaphoriques poignantes comme ce moment où Haruko Daichi, lesbienne assumée, emmène Tasuku « tout casser » dans une habitation dans le cadre d’une opération de réhabilitation de maisons abandonnées. Ou comment briser le mur de la honte en quelque sorte… La mangaka signe là une bande dessinée très personnelle, elle qui se considère comme une personne non-binaire (ou « genderqueer »), refusant d’appartenir aux genres homme ou femme. Graphiquement, le récit est servi par un dessin fluide et maîtrisé, tout en pudeur et mélancolie. Yuhki Kamatani insiste beaucoup sur les regards pour faire passer les émotions et il faut bien admettre que ça marche. Parfois même à nous fendre l’âme.

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      merci Doro ,je vais essayer.

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