Christophe Cazenove mister gag de chez Bamboo

    Après avoir souri avec les Bidochon, place, jusqu’à fin août à deux nouvelles drôles de séries, « Les gendarmes » et « Les pompiers » dans le Courrier picard. Rencontre avec leur scénariste inspiré, Christophe Cazenove. Un des membres du “Top Ten” des plus gros vendeurs d’albums aujourd’hui. Mais si ces personnages sont à “gros nez”, il n’a, lui, pas la grosse tête et se voit toujours comme dans un rêve éveillé… Rencontre.

    Christophe Cazenove, dix ans de scénarios, 80 albums, mais toujours loin d'être blasé (photo P. Lepicouché / éditions Bamboo)

    Les Bidochon, de Christian Binet, ont accompagné le début de l’été dans le Courrier picard. À partir de demain, ce sont d’autres personnages bien connus qui feront sourire jusqu’à fin août : les gendarmes, les pompiers ensuite. Deux séries des éditions Bamboo qui font partie des best-sellers de la bande dessinée d’humour, populaire et grand public. Deux séries qui permettent de marquer aussi les dix ans de BD de leur scénariste, Christian Cazenove. Un auteur à l’imagination (et à la production) prolifique qui a bien failli ne jamais le devenir… Aujourd’hui, il peut regarder avec sérénité le chemin parcouru, avec près de quatre millions d’albums (toutes séries confondues) vendus – dont 564 000 exemplaires rien qu’en 2010. Rencontre avec le numéro 8 des auteurs du « top ten » des gros vendeurs de BD. Toujours aussi accessible et émerveillé par son métier.

    Christophe Cazenove, vous avez réussi à entrer dans la BD d’une façon assez particulière…

    Je fais de la BD depuis que je suis gamin, mais j’ai dû trouver un « vrai travail » pour gagner ma vie. En parallèle, je proposais des projets à des éditeurs… et ça a duré plus longtemps que ce que j’espérais. J’avais l’impression d’avoir fait le tour des éditeurs. Et j’avais dit à ma compagne que si à trente ans révolus je n’avais pas de contact, j’arrêterai. Alors que je cherchais un bouquin pour mon beau-frère, je suis tombé sur les Gendarmes (NDLR : série créée par le fondateur des éditions Bamboo, Olivier Sulpice). Ça m’a plu et c’est aussi là que j’ai découvert Bamboo. Je me suis dit, je vais faire un dernier envoi…

    Les gendarmes restent une série phare du genre aujourd’hui…

    Oui, et c’est surtout une série sur laquelle je travaille. J’étais loin de m’en douter quand j’ai acheté un album voilà dix ans !

    Dix ans après, vous êtes toujours chez Bamboo et vous avez près de 80 albums à votre actif, soit près de huit albums par ans…

    Il y a eu des années où il y en a eu plus et d’autres moins. Mon but n’a jamais été de faire beaucoup d’albums. Cela s’est fait naturellement. Quand je suis arrivé chez Bamboo, il y avait le catalogue à faire, c’était une maison qui démarrait. J’ai proposé des projets et l’éditeur m’en a proposé. Rien n’était calculé.

    Actuellement, vous êtes sur combien de séries ?

    Je ne sais pas exactement ! Une dizaine à peu près.

    Comment faites-vous pour travailler sur autant de séries ?

    Je travaille chaque jour sur plusieurs séries. Quand je ne trouve pas sur l’une, je passe à l’autre. Mais j’ai vraiment besoin de penser aux personnages. Et puis je passe à une autre série, je change de personnages. Je ne fais pas du gag au kilomètre. Je le précise car souvent le lecteur ne saisit pas le travail du scénariste.

    “Je m’amuse
    comme un petit fou
    à trouver des idées”

    Vous avez, en plus, une vaste palette d’univers : autour des professions (gendarmes, pompiers, auto-école), des loisirs (la pêche, les brocantes, etc.), les sports. Comment gérez-vous une telle diversité ?

    Je cherche ! Mais, surtout, je m’amuse comme un petit fou à trouver des idées. Au moment où vous avez appelé, j’étais sur les pompiers. J’entame le tome XII et je prends toujours plaisir à faire mes découpages. C’est le même plaisir pour ma dernière série, les Petits Mythos, car j’avais envie depuis longtemps de travailler sur l’antiquité. Pareil aussi pour la nouvelle série sur les insectes, un univers que je ne connais pas du tout. Mais, avant tout, voulant faire du gag depuis tout gamin, je me régale. Le thème, à vrai dire, importe moins que les personnages et comment on parvient à les faire exister.

    Certains personnages sont particulièrement bien vus. Je pense aux deux sœurs des « Sisters »… avec de l’humour mais aussi de la tendresse.

    Elles sont inspirées des vraies filles de mon collègue dessinateur, William ! La petite est une tornade, la grande maintenant est plus râleuse et mature. C’est encore une série particulière, parce qu’elle parle de « vrais » personnages, avec leur maison, leurs chambres, leurs vrais prénoms, etc.

    … D’où l’effet de « vécu ».

    Souvent, des lectrices, des mamans me disent « ça me rappelle quand j’étais enfant » et quand je leur dis que c’est inspiré de vraies petites filles, de suite, elles comprennent mieux !

    Une question qu’on a dû vous poser de nombreuses fois : quelle est votre série préférée ?

    Je n’en ai pas, parce que je m’amuse vraiment à chaque fois et j’ai aussi la chance de travailler avec des gens que j’apprécie. Même si une série ne fonctionne pas, ou moins bien et qu’elle doit être arrêtée, ce n’est pas grave, car on a pris du plaisir à la faire. Disons juste que j’ai un tout petit plus d’attachement pour ma toute première série sur Nostradamus – qui n’a pas marché ! – parce que c’était la première et que je réalisais mon rêve, rêve que je vis toujours.

    “Pour le moment,
    avec les pompiers
    ou les gendarmes,
    ça se passe toujours bien”

    Immanquablement, quand on lit vos planches sur les professions, comme les Pompiers ou les Gendarmes, qui seront publiées cet été dans le Courrier picard, on se demande comment elles sont perçues par les professionnels concernés…

    Pour le moment, cela s’est toujours bien passé. J’habite à Istres et je connais bien les pompiers du coin. Des fois, j’appelle une copine pompier pour savoir si je peux passer, pour leur poser des questions. Il y a toujours des retours positifs. En plus, on fait de la BD d’humour, pas du documentaire, Quand on me fait remarquer que tel véhicule n’est pas bon ou telle situation inadaptée, ce n’est pas grave. On est dans la caricature assumée et ils le savent aussi. Pour les gendarmes, c’est pareil… alors qu’on est parfois un peu plus vachards avec eux, même si ce n’est jamais méchant. Je n’ai jamais eu de retour négatif. Certains ne doivent pas aimer, sans doute, mais ils ne perdent pas de temps à m’écrire ou à venir me voir en festival pour me le dire.

    En dix ans, vous faites partie des auteurs dont les albums sont les plus vendus. Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?

    Déjà, j’ai du mal à imaginer ce qui s’est passé depuis 2002. ça s’est passé tellement vite. Et je suis dans une maison d’édition très dynamique et qui a su se faire une place aussi. J’ai eu la chance d’être là au début. Je n’aurai jamais pu penser que cela aurait aussi bien fonctionné pour moi. Alors si dans dix ans je suis encore chez Bamboo, ce sera super. Je ne demande pas mieux que de continuer à travailler avec eux !

    “Ma prochaine série

    Vous n’avez jamais eu l’idée de faire une série de gags sur la vie des supermarchés ?

    Dès que je suis arrivé chez Bamboo, j’y ai pensé. Mais deux choses m’ont arrêté. D’une part, il y avait déjà une série sur le sujet (ça s’appelait les Hypers) et, deuxième région, je n’avais pas envie de me replonger dedans. Cela aurait été plus un album pour régler des comptes.

    Dans les mois qui viennent, vous avez de nouvelles séries ?

    Oui, l’année prochaine, il y en aura une sur les gladiateurs. C’est mon collègue dessinateur, André Amouriq, qui avait envie de faire quelque chose là-dessus. On est allés visiter un musée spécialisé dans l’art antique à Arles, on a rencontré un archéologue spécialisé dans le domaine des gladiateurs qui nous a donné beaucoup d’infos. ça, c’est intéressant dans le métier qu’on fait, de pouvoir rencontrer ainsi des professionnels, c’est très enrichissant.

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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