Didier Comès, hors école, un Belge en noir et blanc

    Didier Comès s’est éteint mercredi 6 mars. Né en Belgique, le 11 décembre 1942, il était âgé de 70 ans. Dessinateur et scénariste reconnu par la critique pour la qualité de son travail, Dieter Herman de son vrai nom a d’abord été (pendant dix ans) dessinateur industriel dans une usine textile. La musique, il est percussionniste de jazz, le passionne, mais il a le dessin dans la peau et, c’est en amateur qu’il réalise quelques bandes dessinées.

    Ses premières planches paraissent dans le supplément jeunesse du quotidien Le Soir dès 1969. Ce premier pas franchi, il plonge totalement dans la BD avec de courts récits publiés le journal de Spirou et la version belge de Pilote qui édite le premier épisode de sa série “Ergun l’Errant” en 1973. Trois ans plus tard, il dessine les cauchemars oniriques d’un soldat allemand dans les tranchées de “L’ombre du corbeau” pour le journal de Tintin.

    Et vient (A suivre), une revue et éditée par Casterman qui va, en 1979, le révéler définitivement au grand public avec “Silence” qui obtient le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 1981. Un roman graphique où l’auteur révèle son humanité. « Plusieurs fois dans ma vie, j’ai côtoyé des gens autistes ou handicapés et j’ai vu leur richesse. Je me sentais proche d’eux. Le contenu de l’album « Silence » est vrai à 80 %. Le nain de cette histoire, je l’avais découvert dans une fête de village où les gens le forçaient à boire pour mieux le ridiculiser. Ce sont toutes des petites choses de ce genre mises bout à bout qui ont fait « Silence ». C’est le reflet de ma vision de la vie. Je ne me sens pas taillé pour les héros ni les archétypes. Je dois exprimer ce que je ressens. J’aime la recherche de la vérité, de la tolérance et de la compassion.* » Un nouveau pas est franchi par Comès qui, dès lors, abandonne la couleur pour se consacrer exclusivement au noir et blanc. Un noir et blanc que n’osent que peu de dessinateurs modernes. Mais Comès affiche la solidité et l’exemplarité de son dessin et de ses scénarios et il se retrouve en bonne compagnie avec des auteurs comme Milton Caniff ou Hugo Pratt  Un Hugo Pratt qu’il admire particulièrement « […] mon grand frère s’appelait Hugo Pratt. Il m’a appris à utiliser le silence dans la bande dessinée […]* » et auquel l’élégance du trait et la profondeur  des grands à plats noirs l’apparentent.

    Fortement éprouvé par le décès de son épouse, Comès avait délaissé la création artistique, la « création dépend aussi du mental et la motivation m’a manqué ces dernières années. Il me faut une muse. Depuis le décès de mon épouse, j’ai été éprouvé physiquement et psychiquement. Je ne croyais plus à rien »*. Didier Comès s’en est allé rejoindre sa femme, sa muse, il ne nous laisse qu’une dizaine d’albums mais ce sont des œuvres puissantes avec une forte dimension humaine.

    Un dernier hommage a été rendu à ce géant de la BD avec deux expositions qui se sont tenues, l’une au musée des Beaux-Arts de la ville de Liège du 11 mai au 19 septembre 2012 avec près de 200 planches originales de l’artiste et l’autre lors du dernier Festival d’Angoulême où il fut ovationné par le public. *Les citations sont extraites d’une interview accordée par Comès au journal belge Le Soir.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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