In memorian Jean Giraud, Gir, Moebius

    Né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne, Jean Giraud alias Gir, alias Moebius s’est éteint le 10 mars 2012. Dessinateur éclectique il fut le créateur de plusieurs séries marquantes de la BD européenne.

    Gamin, il dessinait déjà : « A 7 ans, je gribouillais des colts dans les marges de mes cahiers. Leurs formes mystérieuses, changeantes, me fascinaient », confie-t-il dans une interview à L’Express. Il n’a que 15 ans quand il vend sa première histoire à Marijac, patron de Coq Hardi. Après deux années à l’École des arts appliqués il publie ses premières illustrations. Ce sont des travaux pour la publicité, la mode ou la décoration mais il a le temps de réaliser sa première bande dessinée, Frank et Jérémie, publiée en 1956, dans le mensuel Far-West. À partir de cette même année, il décide de se consacrer exclusivement à la BD et collabore comme dessinateur à des revues telles que Fripounet et Marisette, Cœurs Vaillants et Sitting-Bull. Après le service militaire Jean Giraud devient l’assistant de Jijé et il retrouve le western de son enfance avec Jerry Spring. Nouvelle rencontre importante pour cet amoureux de science-fiction, avec Jean-Claude Mézières (qui va créer Valérian et Laureline) il travaille sur la collection L’Histoire des civilisations pour Hachette.

    Et Georges Dargaud sort le magazine Pilote (qui ne s’amuse pas encore à réfléchir). Jean-Michel Charlier, l’un des fondateurs du journal, lui propose le dessin d’une série de western : Blueberry ! Giraud, pour modèle de son personnage, buveur, tricheur et « pouilleux » va prendre l’acteur Jean-Paul Belmondo. Tout de suite c’est le succès. Le scénario solide et bien charpenté est appuyé par le graphisme tout à la fois classique et moderne du dessinateur. Le côté réaliste, voire outrancier du personnage, éloigné des Tom Mix ou Kit Carson  renvoie plus sur les westerns spaghetti de Sergio Leone qu’aux films de Gary Cooper ou John Wayne.

    C’est pour Hara-Kiri, journal bête et méchant, que Jean Giraud invente Moebius pour des récits de science-fiction. Dès lors, ce va être une explosion de créativité, L’Écho des savanes et Métal Hurlant accueillent Le Garage Hermétique et Le Major Fatal, Arzach ou Le Bandard fou, Les Yeux du chat qui vont ouvrir les portes de nouveaux territoires aux artistes et aux amoureux de la découverte. Ses univers sont souvent teintés d’une science-fiction fantasmagorique et délirante ainsi que d’une poésie nimbée de métaphysique.

    Jean Giraud est pressenti pour les décors d’un film issu de Dune de Franck Herbert avec Salvador Dali dans l’un des rôles phares, faute de moyens, le film ne sera pas réalisé mais les travaux préparatoires lui permettent de rencontrer Alejandro Jodorowsky avec qui il va créer L’Incal, une saga de science-fiction en six volumes parus entre 1980 et 1988. Mais l’aventure hollywoodienne de Jean Giraud n’est pas finie car il est engagé en 1977 par Ridley Scott pour participer à la conception graphique de Alien, le huitième passager. Par la suite, il travaillera encore pour le cinéma avec Les Maîtres du Temps de René Laloux, Tron de Steven Lisberger, Master of the Universe de Gary Goddart, Willow de Ron Howard, Abyss de James Cameron, Little Nemo de Masanori Hata, Space Jam de Poe Pytka et le Cinquième Elément de Luc Besson . Amérique et science-fiction toujours, en 1988, Jean Giraud part à Los Angeles et illustre une histoire du Surfer d’Argent en collaboration avec Stan Lee. Circonstance rare pour un auteur européen, cette contribution a influencé plusieurs auteurs de comics, comme Jim Lee ou Mike Mignola.

    Jean Giraud s’est donc éteint, mais son œuvre demeure vivante, d’autant plus que, depuis quelques mois, les Humanoïdes associés ont entrepris la réédition des albums de Moebius.

    Merci, Monsieur pour nous avoir offert ces moments de liberté, une liberté que goûte aussi le Silver Surfer.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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