Jirô Taniguchi ne marchera plus

    Auteur de Quartier lointain, de l’homme qui marche ou du Sommet des Dieux, Jirô Taniguchi vient de mourir. Il avait 69 ans.

    (photo éditions Casterman)

    La nouvelle est tombée ce samedi en fin d’après-midi, rendue publique par son éditeur francophone, Casterman : Jirô Taniguchi est décédé. Agé de 69 ans, le plus “européen des mangakas” laissera une oeuvre marquante dans le neuvième art. Comme un pont entre l’univers asiatique et la bande dessinée franco-belge.

    Prix du scénario au Festival international d’Angoulême en 2003, Jirô Taniguchi avait aussi été fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2011. Témoignages de son succès grand public, plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma ou au théâtre, à l’image, bien sûr, de Quartier lointain. Si le film, sorti en 2010 n’a pas laissé un grand souvenir, la transposition sur scène – donnée notamment à la Comédie de Picardie à Amiens, était finalement plus réussie. A noter, qu’Amiens l’avait également mis à l’honneur assez tôt, en réalisant l’expo principale des 12e Rendez-vous de la Bande dessinée d’Amiens, en 2007. C’était alors l’une des premières en Europe.
    Depuis son oeuvre avait aussi bien sûr fait d’autres grandes expositions, comme à Versailles l’an passé et l’année d’avant au Festival d’Angoulême…

    Né en 1947 près de Kyoto, il avait débuté dans le monde des mangas par la petite porte, comme assistant de dessinateurs à Tokyo, dont Kazuo Kamimura qui lui fait découvrir la bande dessinée occidentale. Ce qui va durablement l’influencer…
    Il va ensuite s’émanciper et produire à son tour, avec quelques camarades, des mangas variés, d’aventure ou policiers. Ces débuts, il les évoquera plus tard, en 2009 dans Un zoo en hiver. Pas toujours aboutis, ces productions de jeunesse, comme Ennemigo par exemple, ont progressivement été réédités ces dernières années. Plus convaincante, déjà, a été son incursion dans l’anticipation – glacée – avec Ice Age, judicieusement ressorti l’an passé par les éditions Kana. Ou dans le récit historique, avec la grande saga Au temps de Botchan, sur le début de l’ère Meiji. Un XIXe siècle qu’il retrouvera aussi, en version plus minimale dans Furari.

    L’affiche de Jirô Taniguchi pour le festival de BD d’Amiens. C’était il y a tout juste dix ans.

    Mais c’est à partir des années 1990 qu’il va imprimer sa marque et sa singularité, en s’attachant à décrire le quotidien, avec des récits nimbés parfois d’un fantastique léger. Avec par exemple l’homme qui marche, Terre de rêves. ou plus récemment le diptyque Les années douces. C’est dans ce cadre que se situe aussi l’ouvrage qui lui apportera le plus de succès et de renommée internationale : Quartier lointain, et son superbe retour en enfance.

    Ses dernières oeuvres m’avaient moins séduit, qu’il s’agisse de l’évocation de Tomoji ou sa participation à la collection Futuropolis et sa représentation des Gardiens du Louvre. 
    Il restera donc plutôt dans mon panthéon de savoyard pour sa série magistrale sur l’alpinisme, Le Sommet des Dieux, illustration magnifique des cimes et des raisons quasi métaphysiques de vouloir y grimper. Mais on pourrait aussi raccrocher sa série savoureuse le Gourmet solitaire de cette recherche du dépassement de soi et de la découverte de nouvelles ivresses…

    Dans les échoppes de Tokyo ou au sommet de l’Himalaya, un album de Taniguchi se distingue par ses déambulations contemplatives qui étaient devenues sa marque de fabrique. Avec un style fin et fort, doux et marquant, “alliance rare de retenue et d’efficacité, de délicatesse et de clarté”, comme l’écrivait Benoît Peeters dans la préface du bel art-book, l’Art de Taniguchi, paru au printemps 2016 aux Editions Casterman.

    C’est un grand nom de la bande dessinée qui vient de partir donc pour un quartier lointain. Mais nul doute qu’il restera au sommet des dieux du neuvième art.

    [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=AqqVveKwmH4[/youtube]

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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