Le débat se caricature autour de Charlie hebdo

    Cette “affaire” de Charlie hebdo et de ses nouveaux dessins de Mahomet devient assez caricaturale. Pas pour les réactions outragées – et pour une grande part sans doute sincèrement offensées – de certains musulmans (à ce sujet, même si on sort de l’objet qui nous occupe généralement ici, une intéressante analyse ici). Mais pour l’importance que prend ce sujet. Et, surtout, pour les réactions que cette histoire suscite au sein de la classe politique française.

    A la Une du Courrier picard, ce jeudi.

    Mercredi, déjà, on avait assisté à quelques réflexions passablement à fronts renversés, ou le Front national et le Premier ministre de Nicolas Sarkozy se faisaient les hérauts d’une liberté d’expression totale, tandis que d’autres, à gauche – donc, a priori, plus sensibles à cette question – faisaient montre d’une étonnante frilosité, voire d’un relativisme un brin inquiétant. Aujourd’hui, c’est encore monté d’un cran.

    Pas dans la qualité des arguments, mais dans l’emphase et le brouillage des positionnements. Ainsi, Pouria Amirshahi, député PS de la circonscription des Français de l’Etranger englobant le Maghreb et l’Afrique de l’ouest, qui estime qu’il s’agit, pour l’hebdo d’une “mauvaise bataille” et d’une “faute“. Et qui souligne que «la décision
    volontairement provocatrice du journal offre une tribune à des groupuscules parfois violents, ennemis souvent déclarés de la Démocratie et qui ne portent pas les aspirations des peuples méditerranéens».

    Les “cons”…

    Daniel Cohn-Bendit (apparemment éloigné désormais du slogan de sa jeunesse, “Il est interdit d’interdire”),  est plus cash à l’égard de l’équipe de Charlie hebdo : «Je les trouve cons». Argument : « la provocation: c’est taper sur ceux qui ont le pouvoir ». Et l’eurodéputé d’estimer que les dirigeants de Charlie Hebdo sont aussi « masos. Ils doivent aimer se faire mal. Ils se disent: “On va frapper, comme ça on va avoir la police, on va avoir peur, ça va nous faire jouir”». Avant de frôler le point Goldberg : « Il ne faut pas me dire qu’il n’y pas de limites dans la provocation. Ce n’est pas vrai. Il y a des limites dans la provocation quand on parle par exemple de l’Holocauste ».
    Le NPA d’Olivier Besancenot, n’est pas mal non plus. Après que son ex-porte parole a estimé, hier, que la publication n’était “pas appropriée“, son parti juge aujourd’hui que Charlie hebdo «participe à l’imbécillité réactionnaire du choc des civilisations».

    … Et l’intelligence de regarder au-delà

    Dessin de Kroll, dans Le Soir de Bruxelles, ce 20 septembre.

    Dans le même temps, c’est l’intellectuel musulman Tariq Ramadan qui trouve la bonne distance, à l’intention de ces condisciples : «Même si notre coeur est blessé, notre intelligence doit avoir la dignité de ne pas répondre et de regarder au-delà».
    Même distance, dans un autre style pour le dessinateur attitré du Soir de Bruxelles, Kroll, qui désamorce avec humour la situation (voir ci-contre).

    Charlie hebdo soutenu par le Financial Times

    Enfin, côté presse, le sujet intéresse bien sûr dans l’Hexagone, notamment Libération qui y consacre un joli “fait du jour”. Et même au-delà de nos frontières. Ainsi, l’hebdo satirique et volontiers anticapitaliste français a reçu le soutien du… Financial Times Deutschland ! Le quotidien financier allemand annonce en milieu de sa Une : « Le ministère du Blasphème vous avertit: ce journal contient des textes critiques sur l’islam », avant d’écrire que « Le magazine satirique Charlie Hebdo a fait, avec la publication de caricatures de Mahomet ce qu’un magazine satirique doit faire: de la satire», « C’est son devoir de sonder les frontières politiques et sociétales, et si
    nécessaire de les dépasser ». Toujours en Allemagne, La Frankfurter Runschau est plus critique, devant des «Caricatures de mauvais goût» qui, dans le sillage» du film anti-islam américain, «se mettent, qu’elles le veuillent ou non, au niveau abyssal du film qui a tout déclenché». Mais un dessin du journal montre un dessinateur qui frappe à la porte d’une mosquée et demande: « Est-ce que l’imam est là ? Je voulais lui soumettre quelques dessins pour approbation ». Et c’est bien là l’une des questions qui ressurgit derrière certaines déclarations. Autrement posée dans La Libre Belgique : A-t-on le droit de blasphémer ?

    Herrmann, le dessinateur de la Tribune de Genève, lui aussi, incisif, ce matin.

    Si chacun est bien libre d’apprécier ou pas les fameux dessins, si l’opportunité et l’opportunisme d’une telle parution peuvent bien sûr être questionnées, et si les préoccupations de maintien de l’ordre public sont évidemment à prendre en compte, l’inclination de beaucoup à vouloir ainsi, indirectement “normer” la satire -sous le bienveillant argument de la “responsabilité” ou de la “retenue”- ou de la réthorique argumentation sur “la liberté d’expression est fondamentale, mais… – fait ressurgir le spectre de la censure ou de l’auto-censure. Jamais de bon goût non plus, ce climat.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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