Pierre Seron, le grand bonhomme derrière les Petits Hommes n’est plus

    Triste mois de mai pour la bande dessinée. Et pour les éditions Dupuis. Voilà vingt jours à peine, c’était Jidéhem qui partait. Aujourd’hui, l’éditeur annonce la disparition d’un autre grand nom de la BD franco-belge classique: Pierre Seron, l’auteur des Petits hommes.

    Décédé ce mercredi 24 mai à l’âge de 75 ans, Pierre Seron était originaire de la province de Liège. Après des études à l’Institut Saint-Luc, à Bruxelles, où il fera notamment la rencontre de ses futurs confrères Walthéry, Dany et Pleyers, il fait ses débuts en bande dessinée sous le pseudonyme de Foal, en assistant Dino Attanasio sur Spaghetti et Modeste et Pompon, Mittéï sur Indésirable Désiré et les décors de Ric Hochet, et Maurice Maréchal sur Prudence Petitpa. Il entre au Journal de Spirou en 1967, avec un récit complet écrit par Victor Hubinon. Quasi en même temps, il va créer ses « Petits hommes», dont le premier épisode, d’abord scénarisé par Yvan Delporte, est rapidement poursuivi par Albert Desprechins, qui cèdera sa place ensuite à Mittéï…

    Le style de départ est assez singulier, mais à la demande de l’éditeur, Charles Dupuis, le trait se fait plus “franquinien”. Mais son goût pour l’expérimentation l’amène ra régulièrement à bousculer les codes de la bande dessinée classique, avec par exemple des doubles-pages en format horizontal dans La planète Ranxérox, des fonds noirs pour Dans les griffes du seigneur, l’absence de couleurs dans Le trou blanc, ou un cross-over entre Les Petits hommes et Le Scrameustache de Gos.

    Sa série va en tout cas connaître un succès assez rapide, avec la sortie d’albums dès 1972. Dans les années 70, Seron devient un des piliers de l’hebdo de Marcinelle. Et ses “Petits hommes” sont parmi les héros les plus appréciés de la génération de lecteurs de l’époque (dont l’auteur de ses lignes). Son petit monde fantastique (tous les habitants d’une ville vont se retrouver réduits après être entrés en contact avec un météorite) et ses innovations technologiques (les savants d’Eslapion sont très doués) vont fasciner et faire rêver, à la fois par leurs aventures rocambolesques et leurs rencontres avec les “grands”, mais aussi, et peut être surtout pour la description de ce monde miniature si joliment décrit. Les albums vont se succéder à un rythme soutenu (il y en aura 44 au total, pas tous géniaux, certes, mais qui forment une vraie oeuvre marquante de la fin de l’âge d’or de la BD franco-belge) et le dessinateur va aussi reprendre peu à peu le scénario.

    Très productif, Seron lance aussi une série à gags, La famille Fohal dans Pif-gadget (dont les éditions Soleil proposeront des albums sous le titre La famille Martin) et en 1977 une autre série pour Spirou: « Aurore et Ulysse », rebaptisée plus tard Les Centaures.

    En 1999, il lance Les Petites Femmes aux éditions Joker, une série de six albums coquins. L’ultime épisode des Petits Hommes, Eslapion 3, paraîtra en 2011 aux éditions Clair de lune, avec ce sous-titre nostalgique : « Je suis venu vous dire que nous partons…»

    Depuis près de cinq ans, Pierre Seron n’avait plus repris ses crayons. Les Editions Dupuis saluent le disparu, dans leur communiqué, en soulignant qu’ils “perdent ainsi l’un de leurs plus anciens collaborateurs“.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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