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Petite balade impromptue dans l’univers d’Hugo Pratt à la Pinacothèque de Paris

Depuis l’exposition au Grand Palais, en 1986, il n’y avait pas eu d’événement majeur autour d’Hugo Pratt. L’actuelle exposition à la Pinacothèque de Paris n’en prend que plus de relief. Visible jusqu’à fin août, la visite vaut le détour.

Il faut passer, et vite oublier, l’exercice éditorial du directeur du lieu, Marc Restellini, qui, dans une démonstration un peu laborieuse tente de justifier son choix d’accueillir – oh, horreur – un auteur de bande dessinée dans ce haut et chic lieu dévolu à l’art, avec un grand “A”, et d’assurer, pour rassurer ses visiteurs que seul Hugo Pratt et “uniquement lui” aura l’honneur de l’accrochage dans la galerie de la place de la Madeleine !

Heureusement, les textes, courts mais pertinents des deux commissaires de l’expo, Patrick Amsellem et Patrizia Zanotti, s’avèrent nettement plus appropriés pour s’immerger dans l’univers d’Hugo Pratt, à travers des planches mais aussi, originalité et richesse de cette expo, des aquarelles peintes de 1986 à 1995.

Le parcours se fait labyrinthique et thématique, dans des salles peintes en brun-taupe, dans une semi-obscurité qui fait d’autant plus ressortir les oeuvres, joliment exposées dans des niches rectangulaires enfoncées dans le mur.

Mêlant donc de nombreuses planches originales et des aquarelles somptueuses révélant bien une autre facette du créateur de Corto Maltese, la scénographie débute dans le “désert” (avec notamment Les scorpions du désert), passe par les “îles et océans” (et “La balade de la mer salée”, entre autre) ou les “militaires”.

Pandora, une des "femmes" de Pratt.

Avant, deux étages plus bas au sous-sol, de poursuivre par les “villes” (la Sibérie, Samarkand, Cordoba, Venise, bien sûr) et les “femmes” de Pratt, étape attendue et à la hauteur des espérances, permettant de retrouver Shanghaï Li, la duchesse Marina Seminova (de Corto Maltese en Sibérie), Bouche dorée, Louise B rooks ou Pandora.

L’itinéraire s’achève –  autre rappel intelligent du travail de Pratt masqué par l’omniprésence de son navigateur romantique – par une salle consacrée aux “indiens”, thème que Pratt a suivi des débuts de Sergent Kirk jusqu’au point culminant de Fort Wheeling (dont on peut voir le dessin original de couverture d’album).

Entre temps, un autre grand moment d’émotion est la découverte de l’ensemble des 163 planches de l’édition originale de la Balade de la mer salée. Tout comme un petit montage vidéo, judicieusement choisi, de morceaux d’interviews, occasion d’entendre Hugo Pratt expliquer, notamment que “c’est des couillonnades de considérer la BD comme un art mineur, il s’agit d’une forme narrative riche”.  Riches aussi sont ses aquarelles, où la fluidité et l’élégance du trait à l’encre de chine fait place à un univers poétique estampé et épuré, autre forme d’exquise esquisse.

La dernière oeuvre qui clot ce voyage dans l’univers d’Hugo Pratt est une petite aquarelle, sans titre, de 1988, avec Corto Maltese allongé dans un champ de blé sous un ciel sombre. Une belle façon d’achever ce voyage imaginaire et dans l’imaginaire de l’auteur.

Plus pragmatiquement, une fois remonté à la surface, on ajoutera que la boutique – inévitable – qui s’interpose avant la sortie, est aussi d’une grande richesse bibliographique et permettra de compléter les éventuels vides dans la collection des oeuvres de Pratt ou des ouvrages sur son travail, sans oublier le beau catalogue de l’exposition (pour les petits budgets, on conseillera déjà le hors-série de Beaux Arts réalisé pour l’occasion avec la Pinacothèque, qui propose lui aussi un fidèle reflet résumé, érudit et bien dans le ton pour seulement 9 euros…).

Pour être complet, ajoutons que ma consoeur Orianne Maerten apportera un autre regard sur l’exposition dans le cahier Week-end du Courrier picard de ce vendredi 8 juillet.

En attendant, encore quelques exemples de ce qu’on peut découvrir dans l’expo…

un dessin érotique dans l'espace des femmes.
Des lignes épurées, touches de couleurs donnant naissance à un monde étonnamment évocateur
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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

4 replies on “Petite balade impromptue dans l’univers d’Hugo Pratt à la Pinacothèque de Paris”

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