Richard Corben, Grand Prix d’Angoulême d’un autre genre

    Richard Corben a été désigné ce soir Grand Prix d’Angoulême 2018, pour l’ensemble de son oeuvre.

    Ce n’est donc pas encore cette année que Chris Ware fera son entrée dans l’Académie des Grands Prix d’Angoulême.
    A l’auteur indé’ américain à qui beaucoup de critiques et de lecteurs vouent un vrai culte (et a l’auteur français Emmanuel Guibert, qui faisait partie aussi de la “short list”) a été donc préféré un autre de ses compatriotes: Richard Corben. Figure également du 9e art des années, notamment de la contre-culture US des années 1960-1970, mais dans un autre registre, celui de l’heroïc-fantasy et de l’horreur.

    Désigné par un vote des professionnels de la bande dessinée, la nomination de Richard Corben sonne aussi comme une forme de reconnaissance pour un genre trop souvent méprisé. Avec l’auteur de Ragemoor ou Mondes mutants, c’est tout un monde effectivement très étrange qui surgit, avec ses zombies, ses spectres, ses guerriers et ses jeunes femmes avantageuses.

    L’inventeur de “la BD en 3” pour Dionnet

    Richard Corben, Grand Prix 2018 d’Angoulême (photo Dona Corben)

    Styliste dans son genre, et au style en tout cas bien reconnaissable, flamboyant et parfois bien psychédélique, avec ses figures expressives et une mise en couleur explosive souvent réalisés à l’aérographe (devenu une de ses caractéristiques), l’auteur né à Anderson (Missouri) a fait ses premières armes dans Creepy et Eerie avant d’élargir sa gamme en mettant en images – souvent avec une belle réussite – des récits d’Alan Edgar Poe. Il publie notamment la saga Den, mais aussi Vic & Blood. Il collabore aujourd’hui avec des groupes tels DC/Vertigo, Marvel ou Dark Horse pour The Punisher, Hulk ou encore Hellboy.

    Le choix a été apprécié par certains, notamment ceux qui le suivent ou l’ont fait connaître en France, tel Jean-Pierre Dionnet, qui lui avait ouvert les portes de Métal Hurlant. Sollicité pour réagir par le site “pop” du Point, Dionnet estime cette récompense amplement méritée : “Corben, c’est génial, et ça arrive même un peu tard. À l’époque, avec Dionnet, on était comme des fous devant ses planches. Il a inventé la bande dessinée en 3D”. Et sans oublier qu’il est “l’un des derniers survivants de la douce folie qui a envahi la bande dessinée américaine dans les années 1970-1980.”

    Un auteur qui nous a fait rêver pour Laurent Lerner (Delirium)

    Quant à Laurent Lerner, qui mène une belle politique de réédition d’oeuvres de Corben sous son label Délirium – notamment Esprits des morts avec les histoires de Poe que sa plus récente oeuvre Ragemoor –  il rappelle que  “depuis le début des années 1970, Richard Corben est un auteur qui nous fait rêver et dont l’œuvre, désormais immense, recèle des merveilles qui ont marqué plusieurs générations de lecteurs. Artiste indépendant, sa longue carrière à été ponctuée de nombreux succès critiques et de réalisations devenues cultes.” Et l’éditeur se réjouit de “cette reconnaissance par ses pairs auteurs scénaristes et dessinateurs, merveilleuse  récompense qui couronne une carrière et un talent hors normes, celle d’un artiste indépendant de la bande dessinée.”

    Déjà lauréat du Prix du dessinateur étranger à Angoulême en 1976, Richard Corben est désormais le cinquième auteur américain à être récompensé de la sorte au FIBD, après Will Eisner en 1975, Robert Crumb en 1999, Art Spiegelman en 2011 et Bill Watterson en 2014.

    Comme le veut la tradition, c’est donc à lui que reviendra le soin de réaliser l’affiche du festival d’Angoulême 2019. Cela promet.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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