Riff Reb’s: “L’idée d’une skyline, avec la cathédrale qui part se promener”

    Riff Reb’s était récemment l’invité des “Bulles du lundi” de l’association On a marché sur la bulle, en prélude du prochain festival d’Amiens, dont il a réalisé l’affiche. On a pu en profiter pour une petite rencontre.

    Comme il est de tradition, l’auteur de l’affiche de l’année des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens vient en amont du festival pour une soirée d’échanges à bâtons rompus. Avant cette rencontre (évoquée aussi ici), il s’est prêté de bonne grâce aux interviews. Occasion de revenir sur son affiche et sur ses projets.

    Comment est née cette affiche pour les Rendez-vous d’Amiens ?

    C’était une commande du festival, bien sûr. Avant tout, il faut dire que j’ai beaucoup de travail en ce moment, mais e ne pouvais pas dire non, car ce n’est que du bonheur de faire l’affiche d’Amiens. Mais en même temps, je ne pouvais pas prendre le risque de trop chercher. Donc: droit au but !
    La première chose que j’ai fait, c’est d’aller voir les dix-huit affiches précédentes, pour trouver une base différente, me distinguer et pour se renouveler par rapport au salon. Alors, déjà, l’ambiance dans les verts est inédite. Ensuite, le festival nous laisse libre de la composition, mais pour moi, il y a quand, la représentation d’Amiens est quand même en cause dans chaque affiche. Là, il y a la totale: la cathédrale, la tour Perret, mais aussi les autres églises et les maisons amiénoises. L’idée, c’était donc celle d’une “skyline” démontée par des monstres. Mais bon, à Amiens, la skyline, c’est pas trop ça ! Donc je suis allé sur internet, et je suis tombé sur les différentes églises de la ville. Il y a en de formidables, comme celle du quartier Saint-Pierre, qui m’a frappé par sa modernité. Là, c’est la ville aux mille clochers, mais je voulais aussi le côté historique et populaire avec les petites maisons amiénosies.
    Je la vois comme une fausse affiche de film catastrophe, mais avec le côté comique, car la cathédrale qui s’arrache de terre sur ses grandes jambes métalliques, c’est aussi un petit clin d’œil à Jules Verne, à Eiffel…

    C’est une affiche assez évocatrice, je trouve, avec plusieurs interprétations, avec un monstre qui écrase la ville ou la cathédrale qui s’élève et se libère. On pense forcément à La Guerre des mondes, mais on peut songer aussi au Château ambulant de Miyazaki. Et il y un petit coté steampunk…

    Oui, un aspect qui n’est pas forcément chez moi très présent ! Mais l’idée m’est venue comme ça. J’ai d’abord eu l’idée de l’image. Et donc, le discours que je peux sortir est un peu « post-image ». En la faisant, je me disais que c’est comme si la cathédrale en a marre et qu’elle s’en va. Elle ne détruit rien. Bien sûr, il y a la fumée de son arrachement du sol, mais c’est plutôt dans l’idée qu’elle part se promener.

     

    “Il fallait que l’affiche
    se rapporte à la ville d’Amiens”

     

    Au vu des derniers albums, A bord de l’étoile matutine et Le Loup des mers, on aurait pu penser voir des pirates ou, au moins, des marins ?

    A une époque, lorsqu’on me proposait une affiche, j’y mettais mes personnages, afin de leur donner de la visibilité. Sauf que dans mes derniers albums, il n’y a pas vraiment de héros. Les vedettes sont la mer et les bateaux, mais à Amiens, on est loin de la piraterie ! Et il fallait, selon moi, que l’image se rapporte à la ville. Il faut qu’elle soit aussi générique pour tous les auteurs qui seront au salon. Dans mon esprit, c’est collectif aussi, c’est l’affiche du festival. Donc j’ai envoyé les roughts à Amiens en espérant que ça plaise. Le fait qu’elle ait obtenu, je crois, l’unanimité m’a rassuré, et ça m’a permis de retourner au travail qui m’attendait.

    Justement, sur quoi travaillez-vous ?

    Je suis en train de finir le noir et blanc de mon troisième volume maritime, qui normalement sortira en novembre. Ensuite, il y aura un coffret réunissant les trois volumes, pour les fêtes, avec sans doute une petite pochette avec des illustrations. Ce troisième volume s’appellera «hommes à la mer », ce sera un recueil de nouvelles. Huit histoires piochés chez six d’auteurs, plus, intercalées de grandes illustrations avec des extraits d’autres textes encore. On va retrouver du Mac Orlan (deux nouvelles, j’ai encore craqué sur deux histoires), mais il y aura également une histoire humoristique de Stevenson, une nouvelle de Joseph Conrad, une autre d’Edgar Poe. Et des extraits illustrés de Jack London, Victor Hugo et Homère, pour l’Odyssée d’Ulysse. Disons que l’on reste dans le roman noir lié à l’univers maritime. Comme une sorte de tour d’horizon pour boucler la trilogie.

    L’aspect visuel privilégiera toujours le traitement en bichromie ?

    Je n’ai pas encore commencé, mais sur le principe et l’esprit, dans les deux précédents albums, chaque chapitre avait sa dominante de couleur, là, ce sera le cas pour chaque nouvelle.

    Lors de la soirée organisée par On a marché sur la bulle, bibliothèque Aragon, Riff Reb's présente un dessin que l'on retrouvera dans son prochain album, "Hommes à la mer".

    “Je vais réaliser un nouvel album jeunesse
    avec les éditions de la Gouttière”

     

    Avez-vous déjà d’autres projets, ensuite ?

    Oui, j’ai plus de choses à faire que du temps pour le faire. Je vais réaliser un nouvel album jeunesse avec les éditions de la Gouttière, après La carotte aux étoiles, avec Pascal Mériaux  (NDLR: directeur de l’association On a marché sur la bulle) au scénario. On a déjà commencé à travailler. J’ai aussi un projet autour de la Première guerre mondiale, en illustrant des sortes de haïkus écrits par un poilu français dans les tranchées, mais je ne veux pas en dire plus, car beaucoup de choses sortent et que je je ne sais pas exactement comment l’aborder. Après, je pense repartir dans des formats de romans graphiques et des aptations. J’ai plusieurs pistes.

    Plus de séries avec des héros récurrents comme Myrtil Fauvette ou Glam et Comet ?

    Je n’ai pas ça en tête du tout. Je me suis longtemps battu pour Myrtil Fauvette, et lorsue l’éditeur a décidé d’arrêter, j’ai été profondément blessé, car à travers ce personnage, c’était un peu moi qu’on mettait à la poubelle… Et puis, je me suis tellement régalé avec ces adaptations de romans graphiques, et si mes livres sont meilleurs comme ça, pourquoi changer ?

    “Pour m’avoir, Delcourt a dû racheter
    une maison d’édition entière !”

     

    Vous restez donc dans la collection Noctambulle, qui rejoint Delcourt depuis le rachat de Soleil ?

    Noctambule est une super collection. Les livres sont beaux et on travaille bien ensemble.
    Concernant Delcourt, c’est une vieille histoire. Guy Delcourt a débuté dans l’édition de bande dessinée en même temps que Cromwell et moi réalisions nos premiers albums. Et il est venu nous voir, à l’atelier Asylum, pour qu’on signe chez lui quand il montait sa boîte. Mais quelques mois auparavant, alors qu’il travaillait comme assistant rédac chef sur Pilote, je crois, on avait été lui présenter notre album et il nous avait dit « non »… Et un an après, Le bal de la sueur était primé à Angoulême ! Donc, lorsqu’il est revenu nous voir, on lui a dit : “Tu nous as dit non il y a un an, c’est non à vie !” Après qu’il ait racheté Soleil, je l’ai rencontré au festival de Saint-Malo. Et je lui ait dit : “Pour avoir enfin Cromwell et moi, il a fallu que tu rachètes une boite entière !”  Lui avait sans doute oublié, mais moi, le premier échec on l’oublie pas.
    Ceci dit, quand j’ai eu le prix de la Fnac, je l’ai salué, car il continue avec le même appétit de voir et de découvrait qu’avait Mourad Boudjellal. C’est bien. Et pour mes albums, Delcourt a repris comme si c’était lui qui avait signé.

    Mise en abîme médiatique: la télévision photographiée en train de filmer la presse écrite interviewant un auteur de dessin... (merci à Pascal Mériaux pour le cliché)
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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