Y’a pas bon “Tintin au Congo” en Belgique

    Périodiquement, le sujet revient sur le tapis. Ce 30 septembre, l’AFP nous apprend que le tribunal de Bruxelles s’est finalement déclaré compétent pour examiner la plainte d’un ressortissant de la République démocratique du Congo, qui demande l’interdiction de la commercialisation de Tintin au Congo, au motif que celle-ci serait porteuse de «préjugés racistes abominables », qu’il s’agirait d’une BD colonialiste et exprimant le sentiment de supériorité  « de la race blanche sur la race noire». Et l’on apprend aussi que le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a jugé bon de s’associer à la procédure.

    Que Tintin au Congo multiplie les clichés et les stéréotypes racistes, c’est incontestable. Que le tableau livré de l’Afrique équatoriale soit aussi caricaturale que celui de la Russie des Soviets ou des Etats-Unis d’Amérique dans les albums qui l’on précédé et suivi, est tout aussi évident. Mais, même sans être fan d’Hergé, on peut au moins constater que ces albums – outre le fait qu’ils ont incité des générations d’enfants à lire et à découvrir la bande dessinée – sont de bons miroirs des préjugés de leur époque et un reflet du milieu dans lequel baignait leur auteur.

    Sur ce dernier aspect, on pourra lire avec profit Les aventures d’Hergé de José-Louis Bocquet, Jean-Luc Fromental et Stanislas, dont une nouvelle édition paraît chez Dargaud ce 7 octobre (opportunément à l’approche de la sortie rouleau compresseur du film de Spielberg). Une biographie (synthétique), et un hommage à la ligne claire qui n’omet pas les côtés obscurs de la vie de Georges Rémi.

    Pas de référence directe, cependant à Tintin au Congo. Pour repositionner ce contexte et le poids de la question coloniale en Belgique, le “hors-série” très joliment édité au format d’un vrai album BD,  du Point et d’Historia (en France en tout cas), offre, lui, un très intéressant contrepoint sur Les personnages de Tintin dans l’Histoire.

    Mais il y a une grande différence entre prendre du recul, redonner une perspective historique à un ouvrage et réintroduire la censure et l’autodafé.

    Vouloir interdire, quatre-vingts ans plus tard, un album paru en 1931 est tout bonnement stupide. Une censure “politiquement correcte” non seulement idiote mais, je dirai même plus, dangereuse dans la mesure où elle laisse à penser qu’il n’est pas de combats antiracistes plus importants à mener que celui-là. Comme si, aujourd’hui, on lisait Tintin au Congo comme un manuel d’ethnographie et de géographie ! A ce stade, autant demander aussi l’interdiction d’On a marché sur la Lune pour vision révisionniste de la conquête spatiale.

    Cela a pris quatre ans au tribunal pour se déclarer compétent sur la question. Cela laisse augurer du temps qu’il pourrait mettre pour livrer son jugement.  Pour l’éclairer, une analyse très détaillée du “cas” Tintin au Congo à lire ici.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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