Giant, un manga qui swingue

     Blue Giant, 9 volumes parus (série en cours), Shinichi Ishizuka. Editions Glénat, 226 pages, 7,60 euros.

    Élève de terminale à Sendaï, préfecture de Miyagi, Dai Miyamoto fait partie de l’équipe de basket-ball, travaille à mi-temps dans une station-service, et vit seul avec son père et sa petite sœur. Passionné par le jazz qu’il a découvert au collège par l’entremise de son ami Shuhei, l’adolescent est devenu tellement accro qu’il s’entraîne tous les jours sur les berges de la rivière Hirose.

    Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse une chaleur du diable, Dai n’a qu’un seul but : devenir le meilleur jazzman au monde. Une idée folle pour celui qui n’a jamais pris de cours de musique, qui ne maîtrise pas le solfège et qui joue seul. Pour autant, sa détermination et sa capacité à se relever après les échecs (à l’image de son premier live dans un petit cabaret) forcent le respect. Suffiront-ils à réaliser son rêve ?

    Après le vertigineux Vertical où l’on suivait les aventures d’un secouriste volontaire en haute montagne, Shinishi Ishizuka s’attaque, cette fois, à un univers totalement différent : la musique et le jazz en particulier, dont il est fou. Un genre popularisé par Miles Davis et consorts qui, je l’avoue, n’est pas celui que je préfère, sans doute par méconnaissance. Ça tombe bien, le mangaka a choisi de s’adresser au lecteur avec pédagogie, en le plongeant dans ce monde musicale avec douceur.

    On entre assez facilement dans le récit via la quête initiatique d’un lycéen amateur qui va progressivement maîtriser les codes du jazz, comme s’il s’agissait d’une discipline sportive. En commençant par découvrir les secrets de son saxophone ténor et les manières de les révéler, au prix de sacrifices. Evidemment, aucun son ne sort du manga mais, et c’est là la force d’une bonne bande dessinée, on se surprend très vite à entendre des notes de musique. « Une musique rude et brûlante qui vous saute à la figure et en plein cœur » comme l’a ressenti le jeune Dai un soir dans un café où se produisait un groupe.

    Ce n’est pas répandu mais manga et musique font parfois bon ménage. On citera notamment l’incontournable Beck d’Harold Sakuishi édité chez Delcourt puis adapté en animé et en film avec ses Original soundtrack (OST) très rock. Blue Giant s’inscrit totalement dans cette lignée avec de l’émotion, du suspense, et une bonne dose de dramaturgie. Sans oublier cette candeur naturelle émanant du héros, qui fait que l’impossible devient possible, et qui finit par nous donner envie de l’accompagner vers son destin.

    Le tome 10 paraîtra en août prochain

    Si cela ne suffisait pas pour convaincre, le dessin précis (les postures des musiciens et les détails instrumentales impressionnent d’authenticité) et énergique s’en charge aisément. Un dessin renvoyant, pour ma part, au regretté Hisachi Sakaguchi (Version, Ikkyu, Fleur de pierre). Dernièrement, Shinichi Ishizuka a réalisé une magnifique illustration de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens que l’on peut admirer dans la revue collector des Rendez-vous de la BD d’Amiens. On y voit Dai et son groupe jouer devant l’édifice qui fête son 800e anniversaire des notes bleues et dorées. Une illustration grand format que l’on peut d’ailleurs se procurer auprès de la librairie amiénoise Bulle en stock.

    On devrait pouvoir admirer le travail du mangaka de près en 2021 au festival d’Amiens à travers une exposition. Ishizuka a promis de faire le déplacement. A noter que le 10e et dernier tome de la série paraîtra cet été avant une suite intitulée Blue Giant Suprême toujours aux éditions Glénat.

    Au Japon, l’aventure du jeune mélomane nippon se poursuit via une troisième saison baptisée Blue Giant Explorer avec une intrigue se déroulant aux Etats-Unis et probablement à la Nouvelle-Orléans, berceau du jazz.

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