Quand le Général de Gaulle fait l’Histoire

      De Gaulle, tome 1(sur 3), Mathieu Gabella (scénario), Christophe Regnault et Michael Malatini (dessin), Frédérique Neau-Dufour (consultante historique), Gabriela S. Hamilton et Arancia studio (couleurs). Editions Glénat / Fayard, collection Ils ont fait l’Histoire, 56 pages, 14,50 euros.

    En plus de la bande dessinée, 2020 a été décrétée aussi année de Gaulle (pour les 130 ans de sa naissance, les 80 ans de l’Appel du 18 juin et les 50 ans de son décès). Une – triple – opportunité pour que la collection “Ils ont fait l’Histoire” lui consacre un album. Et même une trilogie, au vu de la grandeur du personnage et de la référence qu’il demeure aujourd’hui encore.

    Ce premier tome débute par… l’annonce de la mort de Charles de Gaulle, non pas en 1970 mais en 1916, avec deux policiers venant frapper à la porte de la maison familiale, à Lille, pour annoncer à son père, Henri de Gaulle, la mort au combat de son fils. Avec une émotion retenue, le père se contente d’asséner que son fils “est mort en faisant son devoir”. Cette question du devoir n’aura, de fait, cesser d’accompagner le futur fondateur de la Ve République, que l’on suit ici, dans une approche strictement chronologique, entre sa naissance, en 1890, dans une famille bourgeoise du Nord et son envol vers l’Angleterre, le 17 juin 1940.

    Entre les deux, le jeune homme aura su démontrer ses facultés intellectuelles, aura débattu et sera marqué par les remarques paternelles sur l’affaire Dreyfus (et l’hypothèse que l’armée, aurait pu déformer les faits pour qu’ils lui soient favorables), aura brillamment réussi ses études avant de se retrouver au front, lors de la Première Guerre mondiale.

    Blessé, emprisonné en Allemagne où il tente en vain de s’évader à cinq reprises, il aura aussi croisé le général Pétain qui, de son côté, aura su remarquer son intelligence tactique. Les deux hommes s’apprécieront, travailleront plus tard ensemble avant de s’opposer, au sujet de leur approche militaire d’abord, dans la guerre ensuite.

    Nommé à l’Ecole de guerre, de Gaulle rencontre le ministre Paul Reynaud, en 1934, qu’il tente de convaincre de moderniser la défense, plaidant pour une armée de métier, plus mécanisée, déclenchant la méfiance de la gauche à l’égard de possibles dérives autoritaires. Puis viendra la “drôle de guerre”, la victoire – purement symbolique – à Montcornet, dans l’Aisne, puis une dernière tentative de résistance et l’envol vers Londres…

    Voilà quelques temps, les éditions Grand Angle avaient déjà consacré une série (en 4 albums) à de Gaulle, reprenant – pour ce qui est de cette première partie de sa vie, jusqu’à l’Appel du 18 juin 1940 – globalement les mêmes anecdotes et faits historiques. L’apport de l’historienne Frédérique Neau-Dufour, chargée de recherche à la Fondation Charles-de-Gaulle, vient apporter ici une caution historique plus “légitime” encore à l’entreprise. Et l’approche, ici, se centre plus sur la formation intellectuelle personnelle de Charles de Gaulle et son approche militaire, plus que sur le contexte politique et historique, comme le faisait Jean-Yves Le Naour dans la précédente série.

    Le choix de consacrer un tome entier à “de Gaulle avant de Gaulle” permet, ici aussi, de mettre en perspective le grand homme et de faire ressortir quelques traits marquants de son caractère. Un ancrage conservateur très “vieille France”, un comportement parfois hautain ou cassant, mais aussi une vraie indépendance d’esprit, notamment en matière militaire et une certaine “vision de la France” qui l’engagera toute sa vie.

    L’autre aspect, ironique et qui pourra surprendre tous ceux qui ne sont pas dans l’exégèse du gaullisme, est de découvrir dans ce tome de la jeunesse du personnage, cette amitié-opposition avec Pétain, qui n’a donc pas pris naissance en 1940.

    Graphiquement, comme souvent dans cette collection, le dessin vise l’efficacité plus que l’esthétisme, même si le trait, très fin, apporte un style plus personnel. Et, un brin grotesque sous ses traits enfantins avec son “gros nez” (qui n’a rien à voir avec la célèbre tradition de la BD franco-belge), la physionomie de Charles de Gaulle s’impose une fois le personnage arrivé à l’âge adulte.

    Enfin, comme chaque opus de la collection, cet album comprend un petit dossier historique reprenant de façon plus développé les éléments évoqués précédemment, enrichi d’une intéressante iconographie (notamment une cartographie de son itinéraire entre 1890 et 1914) et d’un “making of” explicitant la volonté des auteurs. Une ambition atteinte en tout cas pour ce premier volume.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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