Goscinny, le récit d’une vie s’expose à Paris

    Deux expos, la parution récente d’un Petit Nicolas “en version originale” et la sortie événementielle du nouvel album d’Astérix. Quarante ans après sa disparition, René Goscinny est toujours bien présent en cet automne. Principalement donc au MAHJ.

    René Goscinny est décédé en 1977, à l’âge de 51 ans. Mais depuis quarante ans, il n’est jamais disparu. Et en cet automne, il est même plus présent que jamais. A travers l’édition d’un Petit Nicolas “inédit”, en bande dessinée ; associé forcément à la sortie du nouvel Astérix, cette semaine. Et plus encore, à travers deux expositions qui lui sont consacrées simultanément. Une, à la cinémathèque de Paris revient sur les rapports sur Goscinny et le cinéma. L’autre, également à Paris mais plus biographique, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ).

    Ici, c’est le parcours de l’homme qui est le sujet central. Et l’homme de l’écrit qui s’impose dès l’entrée de l’expo dépouillée et forte, avec sa petite machine à écrire posée devant un mur déroulant ou se détaille toute sa production. Et, de fait, celle-ci peut impressionner : 500 millions d’albums et de livres vendus dans le monde, des traductions en cent-cinquante langues ! On retrouvera ce rapport à l’imprimé en toute fin d’expo, dans un espace dédié au “zetser” (le typographe, en yiddish) et au rapport plus philosophique sur les ressorts comiques de son écriture, son sens de l’absurde, son talent pour les calembours – confirmé par un mur d’extraits des plus savoureux dialogues de ses séries. Un rapport à la typographie qui renvoie aussi à la famille maternelle de Goscinny, qui fonda une imprimerie à Paris… Et ce n’est peut-être donc pas par hasard si son héros le plus célèbre a un nom issu de ce monde et dérivé d’un symbole typographique : *, c’est-à-dire… l’astérisque bien sûr !

    La machine à écrire de Goscinny, qui accueille le visiteur en début d’expo.

    Entre ces deux espaces, c’est toute la vie du scénariste d’Astérix (entre autre) qui est mise en lumière, à travers plus de 200 oeuvres, dont des planches ou scénarios originaux, mais aussi de nombreux documents inédits (photos, croquis, etc.) sortis des archives Goscinny. conçue dans une logique chronologique, avec un fil mural de dates courant de salles en salles, cette exposition d’une belle sobriété permet de découvrir la richesse et la diversité de la vie de ce fils d’immigrés juifs originaires de Pologne et d’Ukraine.

    Des racines juives, évoquées surtout à travers la première salle, qu’il n’exprimera pourtant jamais dans ces œuvres. Du moins directement. Mais, en ces temps frileux, il n’est pas inutile de rappeler les origines de celui qui, avec Astérix, a donné naissance au héros français par excellence.
    Associé à jamais aux aventures du petit guerrier gaulois et de Lucky Luke comme scénariste, c’est pourtant un René Goscinny dessinateur qui se découvre aussi.
    Très jeune, alors que la famille est en Argentine, il déploie son talent de caricaturiste dans des journaux lycéens. C’est aussi là bas qu’il a la chance de traverser la Seconde Guerre mondiale, où une bonne partie de sa famille va disparaître, déportée et morte en camp de concentration nazis.
    Après-guerre, il tente de se faire une carrière dans l’animation. Il n’ira jamais à Holywood et chez Disney – mais finira quand même par réaliser lui-même les films de ses héros fétiches. En attendant, à New York, survivant comme dessinateur dans une agence de pub, il croise Harvey Kurtzman et sa bande, qui donneront naissance au magazine Mad. Un magazine à l’humour foldingue et absurde dont il saura s’inspirer par la suite. C’est aussi en Amérique qu’il va faire la connaissance de Jijé, qui lui présentera Morris (futur dessinateur de Lucky Luke).

    Une caricature de Goscinny par son ami dessinateur américain Jack Davis.

    De retour à Paris, en 1951, embauché dans l’agence World Press du Belge Georges Troisfontaines, il va réaliser textes et illustrations pour divers magazines (dont le Moustique où il initiera Le Petit Nicolas avec Sempé). Et c’est aussi à cette périod que progressivement le scénariste va prendre le pas sur le dessinateur et s’épanouir pleinement dans cette fin des années 50 et dans les années 60. Un moment marqué par le lancement de ses séries historiques avec Uderzo (Astérix), Morris (Lucky Luke) mais aussi Tabary (Iznogoud). C’est aussi là qu’il déploiera ses qualités de patron de presse à la tête du mythique journal Pilote.
    Toute cette productivité est illustrée dans l’exposition par de nombreuses planches originales (ou le numéro zéro de Pilote) ainsi qu’à travers une très intéressante vidéo de témoignages d’auteurs sur Goscinny.
    Passionnante par ce qu’elle fait découvrir d’un René Goscinny méconnu, cette présentation “au-delà du rire” vient confirmer la place centrale de l’auteur dans l’âge d’or de la bande dessinée franco-belge. Mais aussi la force d’un esprit comique qui ne se démode pas. Une expo à voir et à lire donc.

    René Goscinny au-delà du rire, jusqu’au 4 mars 2018 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 71, rue du Temple, Paris IIIe. Rens. 01 53 01 86 65.

    Une scénographie limpide et sobre.
    L’expo est ponctué aussi d’agrandissements de cases, de planches ou de photos, venant rythmer le parcours.
    Une illustration pour son journal lycéen à Buenos-Aires.
    Une caricature de Churchill par le jeune René Goscinny, période argentine.
    Deux documents historiques: le numéro zéro et le numéro 1 du magazine Pilote
    La bonne idée d’un mur de citations, extraites des albums, et pour une bonne part, passées à la postérité.
    Un casier d’imprimerie, dans la dernière salle, rappelant le rapport primordial de Goscinny aux livres et à l’écrit.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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