Grand Angle sur les Compagnons de la Libération

     

     

     

     

     

     

     

                  LES COMPAGNONS DE LA LIBERATION. Editions Grand Angle. 56 pages, 14, euros.
    tome 1: Général Leclerc, Jean-Yves Le Naour (scénario), Frédéric Blier (dessin), Sébastien Bouet (couleurs).
    tome 2: Pierre Messmer, Catherine Valenti (scénario), Philippe Tarral (dessin), Fabien Blanchot (couleurs).
    tome 3: Jean Moulin, Jean-Yves Le Naour (scénario), Marko et Holgado (dessin), Sébastien Bouet (couleurs). Parution ce 21 août.

    Ce jour anniversaire du débarquement des Alliés en Provence, dernière offensive pour chasser les nazis de France, à l’été 1944, est l’occasion de parler d’une initiative des éditions Grand Angle / Bamboo sur le thème de la Résistance.

    On ne sait s’il y aura 1038 albums – autant que de Compagnons de la Libération – mais c’est l’ambition de cette nouvelle collection historique des éditions Grand Angle / Bamboo que de rappeler les figures de ces Résistants de la première heure, “anoblis” ensuite par cet ordre créé par le Général de Gaulle le 16 novembre 1940.

    1038 femmes et hommes très différents, mais unis dans leur volonté de ne pas abdiquer en 1940 et de poursuivre le combat jusqu’à la libération de la France.

    Leclerc et Messmer, premiers Compagnons

    Un engagement à se battre “jusqu’à ce que le drapeau français flotte de nouveau sur la cathédrale de Strasbourg“, selon les termes du serment de Koufra, pris par le futur Maréchal Leclerc. Cette saga militaire démentielle, raid de 1500 km depuis Fort-Lamy au Tchad à travers le désert lybien, épisode marquant de la reconquête de l’Afrique du nord est au coeur du premier album de la collection, axé donc sur le Picard Philippe Leclerc de Hauteclocque.

    Historien excellant dans la vulgarisation de sa discipline, compagnon de route des éditions Grand Angle notamment pour ses albums sur 14-18, de La Marne ou à Verdun et pour sa biographie dessinée du Général de Gaulle, Jean-Yves Le Naour dresse cette fois un beau portrait de Leclerc, à la détermination sans faille et à la droiture restituée par le trait réaliste (et un peu “old school”) de Frédéric Blier, à travers cette attaque démentielle contre l’armée italienne.

    Egalement historienne, mais signant ici son premier scénario de bande dessinée, Catherine Valenti a eu en charge de mettre à l’honneur un Compagnon moins connu. Du moins pour ses engagements de jeunesse en 39-45, car le nom de Pierre Messmer évoque plus l’indéboulonnable ministre gaulliste un peu rigide et réac. C’est tout l’intérêt de ce second album, paru fin juin, de faire découvrir un jeune homme audacieux, baroudeur qui devança même l’Appel du 18 juin ! Dès le 17 juin 1940, avec son compagnon d’arme Jean Simon (futur président de la Fondation de la France libre), il décide de déserter pour rejoindre Londres.

    C’est le début d’une épopée digne d’un roman d’aventures, commencée par le piratage d’un cargo, avant une intégration dans la Légion étrangère pour participer aux batailles de Bir Hakeim et d’El Alamein et à la campagne de Tunisie.
    Cette saga là est dessinée avec un trait plus rigide et clair par Philippe Tarral. Si l’album s’arrête à la fin de l’aventure africaine, enchâssée dans un flash-back depuis l’enterrement du Général de Gaulle, Messmer connaîtra d’autres vies: En Indochine, puis en Afrique jusqu’à la décolonisation avant d’entamer une carrière politique qui en fera un des barons du gaullisme.

    Jean Moulin rentre ici

    Avec le nouvel album de la série, à paraître début septembre, c’est à un autre mythe que s’attaque à nouveau Jean-Yves Le Naour, associé cette fois à ses complices Holgado et Marko: celui de Jean Moulin. L’histoire, du moins sa fin tragique sous la torture de la gestapo est connue.

    L’intérêt de cet album est de décrire finement les coulisses de la résistance intérieure, les tensions entre partisans de De Gaulle à Londres, ceux du général Giraud à Alger ou ceux du réseau Combat, mais aussi de rappeler le grand jeu géopolitique entre Churchill et Roosevelt quant à l’avenir de l’Hexagone. Les subtilités et les tensions internes, notamment autour de la volonté d’unification des divers mouvements au sein du Conseil national de la Résistance ou de l’intégration  des “vieux partis politiques” sont clairement expliquées, avec une grande lisibilité. Un bel exploit, qui passe par un album plus verbeux que les précédents. Mais cette évocation de Jean Moulin conserve une vraie fluidité de lecture grâce au talent des auteurs à intégrer toutes ces questions tactiques et politiques dans des dialogues vifs.

    L’album se centre sur les événements survenus en 1942-1943, évoqués entre des séquences de l’interrogatoire de Jean Moulin par Klaus Barbie. Des pages violentes, à la limite de l’insoutenable, mais qui restituent la grandeur et le courage de l’ancien secrétaire générale de la préfecture de la Somme.

    Au sujet de la très délicate question de la “trahison” de Jean Moulin, aboutissant à son arrestation à Caluire le 21 juin 1943, l’album ne tranche pas ni n’accuse véritablement personne. Il dédouanerait presque René Hardy, arrêté peu de temps avant sur dénonciation, puis relâché alors que sa femme demeurait détenue. En revanche, le récit pointe la responsabilité de Pierre de Bénouville (le grand ami de François Mitterrand), du réseau Combat, qui ordonne à Hardy de le remplacer à la fatidique réunion, pour cause de mariage à Toulouse. Une case, un gros plan sur son visage, laisse entrevoir dans son regard, au choix, une tragique insouciance ou du machiavélisme pour éliminer un concurrent…

    Au-delà de son rôle de figure emblématique de la Résistance, l’évocation de Jean Moulin dans une bande dessinée est d’autant plus légitime que lui-même était un bon dessinateur, et il le restera jusqu’à la fin. Dans le dossier biographique qui accompagne les planches – comme dans chaque album – est ainsi rappelée l’anecdote d’un Jean Moulin, la mâchoire fracturée, incapable de parler, à qui Barbie tend un carnet afin d’obtenir les informations souhaitées… Et en retour, Jean Moulin caricature le nazi ! Geste de courage, de défi et illustration de la puissance graphique.

    A sa manière, cette collection y concourt, dans sa façon de rappeler, de façon très vivante, les destins de ces Compagnons de la Libération.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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