Grindhouse Stories, par la Grace du genre

     Amazing Grace, tome 1, Aurélien Ducoudray (scénario), Bruno Bessadi (dessinateur), Fabien Alquier (couleurs). Editions Glénat, 144 pages, 19,95 euros.

    En 2027, les Etats-Unis ont connu une apocalypse nucléaire ravageant les trois-quarts du pays. Le même jour est née Grace, une “enfant de la bombe”. Un mutant au corps recouvert de poils et pouvant faire jaillir des crocs et des griffes acérés. Huit ans plus tard, Grace et son père, John, errent avec leur cheval, cherchant à rallier le sud pour y trouver un lieu plus clément, en s’efforçant d’échapper aux bandes de maraudeurs hostiles ou aux animaux sauvages. Ils pensent avoir trouvé ce havre de paix en étant accueillis, en Floride, dans une exploitation d’oranges, dont le propriétaire cache, lui-aussi, une enfant semblable à Grace. Mais le répit sera de courte durée…

    Cette histoire d’un homme et de son enfant errant dans une Amérique post-apocalyptique fait forcément songer à La Route, le chef-d’oeuvre oppressant et sombre de Cormac Mc Carthy. Mais l’esprit et “l’emballage” de cet album se revendiquent moins de la grande littérature que de la série B, et des “Grindhouse Stories”, ces films de genre (horrifiques, SF, anticipation, etc.) qui passaient dans les cinémas d’exploitation US, et dont certains auteurs, tels George Romero, John Carpenter, Tobe Hooper, Joe Dante ou le patriarche Roger Corman, ont acquis depuis une vraie reconnaissance cinéphilique.
    C’est donc dans cette voie “pop et indé” qu’entend s’engager cette nouvelle collection chez Glénat, lancée donc par Amazing Grace, avant d’autres albums programmés en ce mois de juin puis à la rentrée. Mais si le logo s’affiche bien à la une et que l’ouvrage bénéficie de la recommandation de Mad Movies (revue spécialiste du ciné fantastique), l’aspect très riche et soigné du livre n’a pas grand chose à voir avec les “pulp” traditionnels à couverture souple et mauvais papier. Sans compter un cahier graphique d’une quarantaine de pages, assez somptueux, avec une interview des auteurs, un petit texte de Grace en bonus, des dessins et croquis de Bessadi et des exemples de mise en couleurs.

    De même, le récit d’Aurélien Ducoudray (qui révèle en introduction, être né “dans un vidéo club, rayon films d’horreur“) se montre d’une réelle tenue et d’une certaine profondeur, avec son faux rythme porté par des récitatifs, et sur la manière de mettre en valeur les relations fortes entre le père et son enfant, en faisant des personnages vite attachants.  L’ambiance “série B” se retrouve plus dans la succession rapide des séquences, qui privilégient l’action et un dessin semi-réaliste plutôt classique, efficace mais sans grand charme.

    Mais cet hommage – plus que réédition – de la littérature de genre, est en soi très réjouissant, même s’il n’est pas totalement convaincant sur la base de ce premier album. Porté qu’il est par un vrai fan sincère, Olivier Jalabert (directeur de ce label Grindhouse après avoir été manager à la librairie Album Comics avant d’éditer des comics chez Panini, Soleil, Ankama et Glénat).
    Et cet engagement a valeur d’affirmation et de manifeste en faveur de cette contre-culture trop longtemps méprisée. Une culture qui parlera sans doute à beaucoup de quadras et de quinquas, ceux qui allaient se plonger, parfois à l’aveugle, dans les salles obscures dans les années 70 et 80 pour y mater du ciné bis américain ou des nanars italiens ou qui dévoraient Strange et les BD petits formats Lug.
    Aujourd’hui, elle trouve donc aussi une forme de reconnaissance et de grâce étonnante avec cet album au titre bien trouvé.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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