Hanouna versus Charlie hebdo

    On préférera y voir une forme rassurante d’un petit semblant de retour à la normale, plutôt qu’une nouvelle – et lassante – incapacité manifeste à saisir la nature et l’objet de la satire et du dessin de presse.  Cette semaine, encore, la une de Charlie hebdo a fait “polémique”. Ou du moins débat parmi les chroniqueurs de l’émission “Le soir chez Baba”, sur C8, dans l’émission de ce 10 avril.

    Signée Félix, cette “une” montre donc un lycéen sur un lit d’hôpital, sous le titre “Le Bac s’adapte”, avec un moniteur de contrôle comme “contrôle écrit” et un respirateur artificiel ou une sonde comme “épreuve orale”. Grinçant et noir, mais en lien avec les annonces d’actualité de Jean-Michel Blanquer sur le passage du Bac en contrôle continu et… plutôt dans l’air, sombre, du temps.

    Parmi les chroniqueurs de l’émission, ressemblant à un remake de “l’Académie des 9” – chacun étant dans sa petite case, confiné chez lui et intervenant par visio-conférence – Benjamin Castaldi a trouvé cette une “pas drôle” et de toute façon, “depuis des mois, c’est nul. Le but de ce journal était de déranger, là ce n’est pas drôle“. En spécialiste de la presse satirique, le journaliste Maxime Guény ajoute qu’elle “manque d’angle”. Et Cyril Hanouna, en maître du jeu faussement magnanime souligne le fait d’être “dans un pays où on peut caricaturer, où on peut se moquer de tout” – mais dans un groupe télévisuel où apparemment cette chance trouve ses limites, comme l’ont constaté les Guignols de l’info ou le Zapping. “Ensuite, la question, c’est est-ce que ça vous fait rire ou non? Mais ils ne ne me font pas rire, ça me fait pas rire. Je suis imperméable à cet humour”. Un “humour de cyniques”, souligne alors Mathieu Delormeau, autre chroniqueur, surtout connu juste ici pour s’être fait déverser un plat de nouilles dans le pantalon par son chef à l’humour si fin et subtil.

    Auparavant, ce même Delormeau était parti dans une grande tirade, soulignant, lui aussi que Charlie hebdo ne l’avait jamais fait rire, qu’il n’était pas Charlie, mais surtout qu’il en avait “marre de ces provocateurs” facile qui devraient aller en Chine ou en Corée du Nord pour être véritablement courageux dans leur pratique de l’humour. Et, pire, il souligne que l’équipe de Charliesont des gens dangereux“, et que leur seconde une sur le prophète Mahomet “était une honte“.

    Seule l’actrice et écrivain Géraldine Maillet a apporté une contradiction, s’indignant des propos de son collègue (“mais en gros tu dis: ils l’ont bien cherché ! “) et soulignant qu’en matière de satire, il ne s’agit pas de savoir si c’est drôle ou non, mais que le plus important, c’est de pouvoir “être libre de le faire” et que cela n’appelait pas de bémols.

    Venant d’une émission au goût si sûr et à la distinction tant de fois soulignée – notamment au CSA – la charge peut sembler très anecdotique. Et de fait, elle l’est. Tout comme on peut, effectivement, trouver Charlie hebdo moins drôle depuis un certain mois de janvier 2015 – allez savoir pourquoi, surtout, qu’en matière de confinement, ils sont habitués depuis, ça aurait dû les décrisper… Mais cette manière de s’offusquer et de prétendre incarner la bonne conscience et la morale outragée peut aussi paraître inquiétante, alors que justement la peur incite déjà à la frilosité et au conformisme moral.

    De plus, l’objet premier de la presse satirique n’est pas d’être “drôle”, même si l’ironie, voire le burlesque sont des éléments appréciables et appréciés pour faire passer le message. Son but, c’est de servir de la caricature, du grotesque, de l’outrance parfois, d’un mauvais goût assumé voire en frôlant les atteintes aux “bonnes moeurs” pour justement révéler l’actualité sous un autre angle.

    A ce titre, comme lors d’une précédente une ayant aussi fait “scandale”, avec le petit migrant Aylan, mort noyé et dessiné sous un panneau de fast food, Charlie Hebdo était plutôt bien dans son rôle. Pas “drôle”, mais indicateur de la liberté d’expression. Et pour cela, qu’on apprécie ou pas, ou moins, son contenu, il mérite d’être soutenu inconditionnellement.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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