Issak, un rônin dans le tourbillon de la Guerre de Trente ans 

     Issak, tome 1, Shinji Makari (scenario), Double-s (dessin). Editions Ki-oon, 224 pages, 7,90 euros.

    Septembre de l’an de grâce 1620. L’Europe est meurtrie par une guerre de religion opposant catholiques et protestants. Dans le Palatinat du Rhin, au sud-ouest de l’actuelle Allemagne, un homme détonne parmi le flot de réfugiés qui se dirigent vers la forteresse de Fuchsburg. Sabre de samouraï placé à la hanche gauche, bâton de bambou à la main, Issak, bien loin de son Japon natal, n’a rien du mercenaire habituel que l’on croise dans ces contrées. Combattant aux côtés des protestants, le guerrier à la longue chevelure noire n’a en réalité qu’un but : retrouver le meurtrier de son maître, le tuer et lui reprendre un mystérieux objet volé. L’homme qu’il recherche se serait mis au service des catholiques espagnols. Depuis la Hollande où il a été embauché par le prince d’Orange en tant que mercenaire, Issak parcourt les champs de bataille pour le retrouver. Envoyé en renfort pour protéger Fuchsburg, il est accueilli par Heinrich, frère cadet de Frédéric V du Palatinat.

    Habile et plein de surprises, Issak fait très vite ses preuves devant l’armée du général génois Spinola, un grand spécialiste des sièges qui vient de prendre Liège en seulement trois jours. Contre toute attente il parvient à faire basculer la bataille mais la guerre, elle, est loin d’être gagnée ! D’autant que le prince Alfonso d’Espagne marche sur la ville à la tête d’une armée de 3 000 cavaliers et 5 000 fantassins…

    Historique et épique ! Manga à classer dans la catégorie seinen, Issak nous plonge au cœur de la Guerre de Trente ans qui opposa, entre 1618 et 1648, les Habsbourg d’Espagne et le Saint-Empire romain germanique aux États allemands protestants. Une époque particulièrement sombre, les historiens ayant dénombré près de cinq millions de morts dont une majorité de civils. C’est dans ce contexte que de nombreux mercenaires furent recrutés par les deux camps, soit pour prendre part à des sièges, soit pour défendre une forteresse.

    C’est cette Histoire, avec un grand H, qu’Issak nous raconte, sauf que l’on est vite surpris de voir un samouraï japonais combattre aux côtés des protestants. Pure invention ou vrai fait historique ? Il semble en effet que des samouraïs aient effectivement bien participé à la Guerre de Trente ans. Après le siège d’Osaka de 1615, bon nombre de rônins (samouraïs sans maître ni fief) décidèrent de louer leurs services et leurs talents au plus offrant. Certains sont ainsi arrivés en Europe, comme l’a découvert le mangaka globe-trotter Shinji Makari lors de recherches. « Tout a commencé il y a longtemps, par ma rencontre avec un document ancien. C’était la reproduction d’une carte de l’Europe du XVIIe siècle, bordée de portraits de soldats. A ma grande surprise, un Japonais était représenté parmi les combattants (…), il portait un long mousquet (…), la légende précisait qu’il s’agissait d’un tireur japonais. » Dans la postface, Makari raconte comment lui est venu l’idée de créer ce manga extrêmement prenant et il, faut bien l’avouer, joliment romancé avec un mystérieux et charismatique héro personnifié par Issak.

    Combattant hors-pair doté de ce fameux sens de l’honneur propre aux samouraïs, le personnage principal porte, presque à lui tout seul, la bande dessinée. A ses côtés, on parcourt les champs de bataille, on assiste à la naissance des armées dites modernes, on s’initie aux nouvelles tactiques et stratégies militaires conséquences du développement des armes à feu (mousquets, canons, artillerie…). La BD renvoie à d’autres récits médiévaux. On pense aux excellents Stratège et Vinland Saga voire à l’inégalable Berserk (évidemment l’aspect surnaturel en moins). Les thèmes abordés dans ce manga rouge sang ne sont pas très gais avec notamment un focus sur les exactions en tout genre qui ont accompagné ce conflit mais on y trouve aussi de l’espoir et de l’humanité à travers la jeune Zetta en quête d’Utopia, un lieu où tous les hommes sont égaux.

    Côté graphique, Issak est une belle réussite. Le dessinateur sud-coréen Double-s, connu pour le thriller passionnant Jusqu’à ce que la mort nous sépare, a fait un excellent boulot et ça se voit ! Les décors (châteaux, paysages, etc.) et encore plus les équipements militaires sont criants d’authenticité. La couverture montrant Issak s’apprêtant à tirer au mousquet en est d’ailleurs un bel exemple. Double-s n’avait jamais dessiné de manga historique et s’en sort magnifiquement. Pas si mal pour quelqu’un qui faisait la sieste en cours d’histoire !

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