Kaijumax, monstrueusement captivant

    Kaijumax (saisons 1 et 2), Zander Cannon. Editions Bliss, 360 pages, 35 euros.

    Attention OVNI ! La maison d’édition Bliss publie l’intégrale des deux premières saisons de Kaijumax de l’auteur américain Zander Cannon. Au total 360 pages regroupant les 12 épisodes de la série dans un grand format tout en couleurs.

    Cette bande dessinée, inclassable et hors-norme, raconte l’odyssée du monstre géant Electrogor pour retrouver ses enfants Torgax et Vogo. Parti chercher de quoi les nourrir, il est arrêté par les humains (délicatement surnommés « chiures »), puis emmené dans une terrible prison de haute sécurité située sur l’île de Kaijumax. Un lieu malsain où les monstres-détenus tentent de survivre à un enfer carcéral quotidien. Pas de cellules mais une atmosphère pesante et oppressante à ciel ouvert.

    Sur place, Electrogor, naïf au départ, fait connaissance avec d’autres monstres emprisonnés (la Créature de la Crique du Diable, Chisato, Démo-Mite mais aussi des machines comme Mechazon, le robot tueur devenu pacifiste et spirituel). Des êtres pour la plupart violents et manipulateurs à l’image de Zonn, mi-oiseau, mi-dinosaure.

    Le personnel pénitencier dirigé par Kang est, lui, sans pitié. Illustration avec Gupta un ultra garde corrompu jusqu’à la moelle qui fricote avec Victoria, une gangster à la tête de l’Empire du cristal installé sur la lune. Electrogor l’apprend très vite à ses dépens en se retrouvant mêlé, malgré lui, à une guerre entre bandes rivales puis à un trafic d’uranium. Il faut dire qu’il peut en trouver facilement puisqu’il en produit naturellement sur son dos sous forme de capsules vertes…

    Battu puis jeté au mitard, il devient une proie facile mais sa détermination à retrouver sa progéniture grandit au fil des épreuves. Le monstre insectoïde se découvre une furieuse envie de survivre, quitte à forcer sa nature. Avec d’autres prisonniers, il entreprend de s’évader en trompant la vigilance de la garde ultra composée de « héros de l’espace » qui n’en ont que le nom…

    Kaijumax. Le mot rappelle ces fameux “kaijus”, monstres géants des vieux films japonais tels Godzilla, ou Gamera. La magnifique et dynamique couverture de l’album confirme bien cette impression. Il ne s’agit pourtant pas d’un manga mais bien d’un roman graphique à l’accent « comics ».

    Son auteur, Zander Cannon, n’est pas un débutant. Si on lui doit plusieurs romans graphiques indépendants (Double Barrel, Heck), il est surtout connu pour avoir collaboré, en tant qu’encreur, avec Alan Moore et Gen Ha sur la série Top 10 (Urban Comics) grâce à laquelle il a remporté deux Eisner Awards de la meilleure nouvelle série en 2000 et 2001. Conçue à partir de 2015, la saga Kaijumax s’inscrit dans la même veine puisqu’elle a été nommée aux Eisner Awards 2016.

    Plutôt volumineuse dans son édition française, la série s’apparente à une satire sociale du système carcéral américain (déshumanisation, corruption, violences, trafic de drogue, sévices sexuels…). Il y a du Oz et du Orange is the new black dans cette vision des choses.

    Pleine d’humour et de gravité à la fois, Kaijumax est aussi et surtout une galerie de personnages bizarres, à la psychologie souvent fouillés. Electrogor en premier lieu, dépeint en filigrane comme un père-courage. Les monstres ne sont sans doute pas ceux que l’on croit en assistant à la quête effrénée de ce kaiju bataillant pour renouer avec ses enfants cachés dans une grotte sur une autre île.  Emouvant, Kaijumax aborde également le thème des minorités opprimées sur cette planète devenue trop petite où les monstres, accusés de tous les maux, sont priés d’aller voir ailleurs.

    Sur le plan graphique, Zander Cannon a lâché les chevaux en imaginant une kyrielle de monstres aussi différents les uns que les autres. L’auteur a puisé dans les films de genre du Japon des années 60, 70 et 80. Les références à l’univers de Godzilla, Gamera voire même King Kong sont légion. Mais aussi dans les séries animés Ultraman et Ultraseven des années 1970.

    Si le style peut paraître enfantin voire «  cartoonesque » au premier abord, ce sentiment disparaît finalement rapidement devant la fluidité narrative et l’expressivité des personnages croqués. Les couleurs vives tranchent parfois avec la dureté du scénario mais rendent plaisantes la lecture de ce premier roman prévu en trois livres.

    Assurément et monstrueusement efficace donc !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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