King Kong, roi de Manhattan

     The Kong Crew, tome 1 : Manhattan Jungle, Éric Hérenguel. Editions Ankama, 72 pages, 15,90 euros.

    1947, New-York. Quatorze ans après la victoire de King Kong sur l’armée américaine, l’île de Manhattan a été évacuée. Totalement interdite, la  zone est surveillée par le Kong Crew, une escadrille de pilotes émérites de l’US Air Force basée à Sandy Hooh. On y trouve le jeune et impétueux Virgil Price. Accompagné de son fidèle teckel baptisé Spit, le jeune homme est un véritable casse-cou, adepte de la vitesse, au sol comme dans les airs. Seul problème, il parle aux filles comme un manche et attire les ennuis comme un aimant sur les clous…

    Alors qu’un scientifique et un journaliste entrent illégalement dans Manhattan, le Kong Crew est dépêchée sur place pour tenter de retrouver les deux intrus. Virgil s’apprête à décoller lorsqu’il fait connaissance avec Betty, une infirmière sexy et volcanique, qui se révèle être la fille du redoutable colonel Pearl. La mission ne se passe malheureusement pas comme prévu. Car outre King Kong, d’autres créatures toutes aussi redoutables ont élu domicile sur l’île. Virgil l’apprend à ses dépens…

    The Kong Crew est une belle surprise signée Éric Hérenguel qui se réapproprie le mythe de King Kong avec brio et une certaine originalité. L’auteur de talent, connu pour les séries Edward John Trelawnay, Lune d’argent sur Providence, Remington ou encore le drolatique Krän le barbare imagine ici une suite uchronique dans laquelle le célèbre monstre règne sur Manhattan.

    Kong est effectivement parvenu à survivre, à venir à bout des avions de l’armée américaine du haut de l’Empire State Building. Si King Kong s’y fait plutôt rare, ce premier tome (la série en comprendra trois) permet avant tout de planter le décor. On fait connaissance avec une galerie de personnages collant parfaitement à l’atmosphère de l’Amérique de l’après-Deuxième Guerre mondiale avec ses fameux restaurants Diners et ses jolies pépées.

    Parmi eux Irvin Stone, un journaliste « fouteur de merde », et Jonas Lazarus Parker, biologiste barré un brin suicidaire. Ils forment un étonnant duo comique. Car on sourit souvent en suivant leur parcours semé d’embûches, sur cette île de Manhattan devenue un lieu abritant une faune préhistorique délirante.

    La série réunit bien les codes des films fantastiques des années 1940 et 1950. La brève apparition de King Kong, sans vouloir “divulgacher” l’album, pourrait créer une frustration chez le lecteur mais elle disparaît très vite, tant l’ombre du gorille géant plane tout au long de ce premier tome. La crainte qu’il suscite depuis près d’un siècle dans l’imaginaire collectif et son charisme suffiraient presque à masquer son absence relative…

    C’est là l’une des réussites du récit imaginé par Éric Hérenguel. L’autre tour de force est la qualité graphique de l’album tout en couleurs (à l’inverse de la prépublication). A commencer par cette couverture dépeignant un Kong au regard menaçant, barrant l’entrée de l’île de Manhattan devenue son territoire et semblant dire aux candidats « A vos risques et périls… ».

    On apprécie aussi beaucoup les décors et l’étonnant contraste entre les dinosaures (dont l’effrayant ptérodactyle) et la ville figée dans la jungle. L’auteur fait également des merveilles en reproduisant cette base aérienne de l’Amérique des années 1950. On s’y croirait presque en admirant ces vieux bolides, ces bombardiers si bien décrits et, répétons-le, ces jolies blondes en uniforme. Tiens, les mêmes dont raffole le roi Kong… A suivre dans le deuxième tome.

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